Vecina, préstame el cubo

Écrit par Fabrice Hatem le . Publié dans Paroles commentées

Image L'œuvre

Vecina Préstame El Cubo est un Son Montuno composé par Arsenio Rodríguez, qui en fut également le premier interprète avec son célèbre Conjunto. La fraîcheur populaire et coquine des paroles ferait presque oublier la virtuosité technique des interprètes.

Cette œuvre apparaît en effet, à l'instar de beaucoup d'autres Sones, comme une petite scène comique, tirée d'une chronique de la vie quotidienne dans les quartiers populaires de Santiago de Cuba ou de Centro Habana, avec ses discussions et ses petites disputes entre voisins, l'inévitable intervention des badauds, etc.

Sa subtilité particulière tient au fait que c'est ici la structure même du Son Montuno - le dialogue entre le soliste improvisateur et le chœur répétant de manière obsédante son petit refrain, tandis que la partie instrumentale monte progressivement vers un climax - qui est utilisée au service de la théâtralisation. Il est clair en effet que l'insistance intrusive du voisin (exprimé par le refrain), alors même que le personnage féminin a d'emblée exprimé son refus de prêter son seau, provoque chez elle une exaspération progressive. Celle-ci se traduit par de savoureuses improvisations utilisant toute les nuances du « non », depuis le refus poli jusqu'à l'expression d'une colère ouverte, tandis que la montée en puissance de l'orchestre souligne son agacement croissant.

Le second ressort comique tient, bien sur, à l'utilisation d'un double-sens licencieux. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que derrière la demande du prêt d'un ustensile domestique, se cache une solicitation beaucoup plus intime. Cette formule est fréquente dans la chanson cubaine populaire - notamment dans les guarachas -, comme en témoignent les quelques exemples suivants :

Tula est comme une flamme / Appelle les pompiers / Elle est vraiment brûlante, Tula !! / Eh ! Les gars !! Elle est chaude / Tendez les cuirs de vos tambours !! (El cuarto de Tula, improvisation d'Ibrahim Ferrer, sur un texte original de Gonzales Siaba Sergio Eulogio).

Quand Juanica et Chan Chan / Tamisaient le sable dans la mer, / Et qu'elle remuait son petit panier / A Chan Chan, ça lui f'sait d'l'effet (Chan Chan, Francisco Repilado, 1987).

Je connaissais un cuisinier / Qui préparait le mabinga / Et il écrasait les gousses d'ail / Avec la tête de son mortier / Comme dansait la Tomasa / Dans le quartier de la Timba[1](La Negra tomasa, Guillermo Rodríguez Fiffe)

Petite chatoune et gros kiki[2](Cucarachita, cucarachon, Roberto Roena).

Mélange d'humour, de talent musical et de modestie, Vecina Préstame El Cubo prend place selon moi au rang des chefs d'œuvre majeurs du génie populaire cubain. En témoigne d'ailleurs le succès jamais démenti de ce titre, encore repris récemment dans des versions Timba décoiffantes, par d'aussi prestigieux orchestres que NG la Banda ou Pupi y lLos que Son, Son.

Fabrice Hatem

Quelques-unes de ses interprétations


- Pupy y Los que Son, Son, concert à Bordeaux, 2009

- Pupy y Los que Son, Son, émission TV

- Omara Portuondo avec Pupy y los que Son Son (désactivé)

Le texte en espagnol
(Version de Omara Portuondo)[3]

La traduction en français
(par Fabrice Hatem)

Vecina, préstame el cubo

Vecina, vecina! ¡Préstame el cubo!

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo
Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

No te lo puedo prestar
Pídeselo a mi marido
Me lo tiene prohibido
Yo no te lo puedo dar

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

¿Chico hasta cuándo me vas a pedir el cubo, chico?

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

Veras que ahorita me subo
Y el relajo se termina
Yo sola no tengo cubo
Pídeselo a Alejandrina

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

Compadre pídeselo a Alejandrina

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo


¿Qué hubo viejo, qué hubo?
Deje ese desataría
Desde que amanece el día
Me estás pidiendo el cubo
Me lo tiene prohibido compay
¿No entiendes?

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo
Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

¡Oiga vecina!
¡Ay! no se ponga en majadera
Que soy yo el que la llama
Préstame el cubo de cargar el agua

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo
Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

Te lo dije ayer te lo digo hoy
No me pidas mas el cubo no lo doy

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

Óigame conmay controle sus arranques
No me digas que no hay
Y préstame el cubo grande

Y allí viene Cotó[4]
Pidiendo el cubo también
¡Juega tresero!

Vecina, vecina, vecina préstame el cubo
Vecina, vecina, vecina préstame el cubo

 

Voisine, prête-moi ton petit seau

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau
Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Je ne peux pas te le prêter
Demande donc à mon mari
Parce qu'il me l'a interdit
Je ne peux pas te le donner

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Dis, petit, pendant combien de temps tu vas me le demander, petit ?

Voisine, voisine, prête-moi ton seau

Eh, tu commences à me fatiguer, dis !
C'est fini la plaisanterie
J'ai pas de seau pour toi, voila
Demande à Alejandrina

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Mais mon gars, demande-le à Alejandrina

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Mais qu'est-ce qui t'arrive, mon coco ?
Arrête donc tes simagrées
Depuis l'début d'la matinée
Tu me demandes ce petit seau
Mon mari me l'interdit, mon gars,
Tu comprends pas ?

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau
Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Ecoute, voisine !
Ah, mais arrête tes sottises, écoute
C'est moi qui te le demande
Prête-moi le seau pour verser la flotte.

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau
Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

Je te l'ai dit hier, et j'te l‘répète, voila,
Ne me demande plus le seau, je le donne pas

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau


Ecoute, louloutte, te mets pas en pétard comm'ça
Me dis pas qu'y en a pas, de seau,
Et prête-le moi le grand seau

Et maintenant voila Cotó
Qui vient aussi demander le seau
Joue, tréséro !

Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau
Voisine, voisine, prête-moi ton petit seau

 

Références et liens internet divers

- Paroles de la chanson en espagnol

- Pour acheter la version originale de Arsenio Rodriguez



[1] Le double-sens est lié ici à l'évocation du mouvement de va-et-vient du pilon dans le mortier.
[2] Sens familier des mots « petite cuillère » et « gros cafard ».
[3] Les parties interprétées par le chœur figurent en italiques.
[4] Juan De La Cruz "Coto" , joueur de tres (tresero) invité de l'orchestre Pupy y Los que Son, Son.