Dictionnaire encyclopédique de la musique cubaine, de Radamés Giro

Écrit par Fabrice Hatem le . Publié dans Livres et revues

ImageSans doute l'ouvrage le plus exhaustif sur la musique cubaine

Né en 1940, à Santiago de Cuba, guitariste de formation, le musicologue Radamés Giro a exercé au cours de sa carrière d'importantes fonctions pédagogiques et éditoriales, notamment à l'Ecole nationale des arts de la Havane, et au sein de la maison d'édition Letras Cubanas, en tant que directeur d'une collection consacrée aux arts. Son Diccionario enciclopédico de la música en Cuba, publié en 2007, fruit de plus de vingt années de travail, constitue d'une certaine manière le couronnement de sa carrière de chercheur.

 

Pour présenter cet imposant ouvrage - ou plus exactement cet ensemble constitué de quatre tomes, il est tentant de le comparer à son concurrent direct et presque éponyme, le Dictionnaire de la musique cubaine de Hélio Orovio, publié quelques années plus tôt, avec la même ambition : donner un panorama complet des artistes, des styles, des instruments caractéristiques et des œuvres majeures de la musique cubaine. Quatre différences apparaissent alors clairement : l'ouvrage de Radamés Giro est plus long, plus austère, plus complet et plus détaillé que celui d'Orovio.

Plus long : l'ouvrage de Giro se présente comme une ensemble de 4 tomes de près de 300 pages chacun, qui plus est en format 21X29,7 et écrit en très petits caractères, soit une longueur globale supérieur de 6 à 8 fois à celle de son « concurrent ». Comme celui-ci, il est organisé par ordre alphabétique, mélangeant des références à des artistes, compositeurs ou interprètes - largement majoritaires - à des entrées par formations musicales, styles, instruments, œuvres et, parfois, lieux.

Plus austère : Le nombre d'illustrations - photos, partitions, etc. - est, proportionnellement, beaucoup plus réduit que dans l'ouvrage d'Hélio Orovio, où elles aèrent considérablement la mise en page. Ici, c'est par contre le texte qui domine, un texte très dense, écrit en tout petits caractères et occupant, sur chaque page, deux larges et longues colonnes.

Plus exhaustif : le dictionnaire de Radamés Giro propose plus de 3000 entrées, contre « seulement » 1200 pour celui d'Hélio Orovio. Prenons par exemple la lettre Y. Le groupe Yaguatimu, le tumbalero El Yulo, l'opéra Yumuri de Eduardo Sanchez de la Fuente, le chanteur Mosés Yumuri, le compositeur Yusumil Yusa figurent dans le dictionnaire encyclopédique de Giro, qui comporte 9 entrées à cette lettre, alors qu'ils ne sont pas mentionnés dans celui de Orovio, qui n'en comporte que 4. Seul « avantage » pour ce dernier, une entrée sur la musique Yoruba - un sujet cependant très largement évoqué tout au long de l'ouvrage de Giro.

Plus approfondi : on trouve notamment dans chacune des rubriques de Giro une présentation plus exhaustive de l'œuvre de chacun des artistes, ainsi qu'une bibliographie détaillée pour ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet. L'analyse proprement musicologique y est également, dans la plupart des cas, plus approfondie.

Enfin, l'ouvrage de Giro donne également une idée assez complète des développements récents de la musique populaire cubaine - Timba notamment. On y trouve par exemple des entrées sur Giraldo Piloto, David Calzado, Juan Formell ou Pedrito Calvo, même si d'autres musiciens importants, comme Leonel Limonta, en restent absents.

En résumé, le dictionnaire encyclopédique est sans doute l'ouvrage le plus complet - et aussi le plus à jour - car il est fort récent - jamais publié sur la musique cubaine. Envers de cette éminente qualité, sa lecture est très austère, beaucoup plus par exemple que celle de l'ouvrage plus « léger » et aéré d'Hélio Orovio. De ce fait, s'il constitue un outil de travail indispensable pour quiconque souhaite mener des recherches sérieuses sur le sujet, il est par contre totalement inapproprié à une activité ludique ou de loisirs.

Fabrice Hatem

Radamés Giro, Diccionario enciclopédico de la musica en Cuba, 4 tomes, ed. letras cubanas, 2007