ELITO REVE, plus « Fresquecito » que jamais !

Écrit par Leonel le . Publié dans Biographies

Le lendemain de sa Victoire au Festival CUBADISCO 2008 qui lui a décerné le Prix du Meilleur Disque de Musique Populaire Cubaine, Elio Revé, directeur du Charangon nous recevait chez lui avec le photographe Patrick Bonnard, alias DannyRose. Il nous a invité d'autant plus volontiers que FiestaCubana.net lui avait remis quelques mois auparavant la le prix du meilleur CD de l'année 2007, pour le superbe album " Fresquecito " et que Elito a gardé un très bon souvenir de ses concerts en Suisse et en France...

Elito nous livre dans cette très belle interview tout ce que vous auriez aimé savoir sur le Charangon sans avoir jamais osé le demander ! Le Changüí, La Salsa, ses expressions singulières ou ses onomatopées, l'histoire de son Orchestre, de sa famille et surtout sa vision de sa musique et du succès du nouveau Charangon dont il a la charge depuis le décès de son père, Elio Revé, le Papa de la Salsa.

Domicile d'Elito Revé - 24 Mai 2008 - 12:30

Leonel: Nous sommes actuellement dans la demeure du si célèbre Elito Revé, directeur du Charangon, orchestre qui vient d'atteindre ses 52 ans. Merci de nous recevoir dans ta maison pour faire cet entretien.

Je tiens d'abord à te féliciter pour les 2 Prix que tu as gagné cette année avec la dernière production du Charangon, le Premier Prix du Disque de l'Année de Fiestacubana.net, mais aussi et surtout tu viens à peine de recevoir au Festival CUBADISCO 2008 le Premier Prix de Musique Populaire Dansante : Félicitations !

Elito: Et bien, je me sens très heureux avec ces 2 récompenses. Dès qu'il est sorti, le disque " Fresquecito " a eu beaucoup de succès, ici a Cuba et en Europe, et partout. Il s'est passé quelque chose d'intéressant. Tu te rappelles quand le premier morceau du disque a été inauguré … (Elito commence à chanter) : " Ya no puedo darte lo que tu me pides…" Ca a marché aussitôt ! Ensuite nous avons lancé "Fresquecito", le morceau puis le disque complet. Ca a été aussitôt un grand succès.

Leonel: Dans ce disque les anges t'ont apporté beaucoup d'inspiration ¡ Il y a beaucoup d'autres morceaux comme "No Te voy a dar nada mas", un tube qui a pris très vite, " Fresquecito ", " A Sancochar Boniato ", " El Martes ", un ancien morceau de Los Van Van.

Elito: Non, c'est effectivement un titre de Juan Formell, mais lorsqu'il était encore musicien de La Orquesta Revé. Ce morceau a été joué par la Revé en 1967. On en a fait une nouvelle version pour le disque " Fresquecito.

Leonel: La Orchesta Révé a intégré les meilleurs musiciens de Cuba !

Elito: Sont passés par la Orquesta Reve Juan Formell, Cesar "Pupy" Pedroso, Yumuri, Juan Carlos Alfonso, El Lele, le père et le fils, et bien d'autres musiciens, comme Chucho Valdés.

Leonel: Et Enrique Lazaga?

Elito: Non, Enrique Lazaga, non.

Leonel: Mais je sais qu'Enrique Lazaga est passé par le même orchestre que ton Papa.

Elito: Tu parles de La Ritmo Oriental ? C'est un orchestre qui a été issu de l'Orchesta Revé.

Leonel: Revenons à "Fresquecito", l'autre succès c'est "El Jonron", que chante Robertòn.

Elito: Oui, Robertòn de Los Van Van et nous avons aussi invité à jouer sur ce disque Irving, le violoniste de Los Van Van.

Leonel: Ah oui ? Et l'excellent morceau "A Sancochar Boniato" qui a deux parties, qui commence comme une rumba-guaguanco et qui continue en son-montuno. C'est vraiment une surprise quand le son-montuno démarre. Mais c'est un morceau qui accroche tout de suite son auditeur. Il y a aussi d'autres morceaux comme "La Viuda", "La Madrugada", "El Teléfono".

Elito: Il y a aussi le "Changüí Original"
(Elito chante) "Vamos a bailar el Changüí."

Elito Revé recevant le prix fiestacubana.net des mains de DJ Jack el Calvo
Elito Revé recevant le prix fiestacubana.net des mains de DJ Jack el Calvo
Ecouter l'extrait audio n°1 de l'interview

Leonel: Dans chaque disque que tu as dirigé, tu as mis un morceau de changüí traditionnel. C'est très important pour toi ?

Elito: Bien sûr! Le Changüí, c'est ce que mon papa a amené à La Havane en 1956. Il l'a arrangé, il a ajouté des violons, une flute. A cette époque, dans les années 56-60, la Orquesta Revé était une charanga car elle avait des violons.

Leonel: C'est pour cela qu'on l'appelait El…. (Je me ravise car le nom Charangon a été apposé bien plus tard) ... Une charanga ?

Elito: Il faut l'appeler Orquesta Revé. A cette époque, l'orchestre n'avait pas encore de trombones. Il y avait Juan Formell a la basse, Pupy au piano.

Leonel: Mais qui était le flûtiste ?

Elito: Canto, Orlando Canto qui est devenu ensuite le flutiste de Los Van Van jusqu'à il y a quelques années.

Leonel: Orlando Canto qui a sorti un disque avec Mandy comme chanteur, un très bon disque. En tout cas, il y a de nombreuses étoiles qui sont passées par la Orquesta Revé.


LA FAMILLE REVE - DE GUANTANAMO A LA HAVANE

Leonel: Tu nous as indiqué que l'Orquesta Revé a été fondée ici à La Havane. Mais tu as toute ta famille à Guantanamo, n'est-ce pas ?

Elito: Ma famille est à 90 % sur Guantánamo. Mon père est venu à La Havane en 1956 avec ma mère. Ils ont eu trois filles et je suis le seul garçon. J'ai deux sœurs qui sont nées à Guantanamo et moi je suis né ici à La Havane ainsi que ma petite sœur.

Leonel: Ca fait de toi un Habanero! Et la province Orientale ne te manque pas?

Elito: Effectivement ! Dès que je peux je vais à Guantánamo. J'ai beaucoup de famille là-bas et aussi à Sagua de Tanamo (NDLR: entre Mayari et Moa, quasiment sur la côte Atlantique, au nord de Guantánamo).

Il y a une municipalité rurale de la province d'Holguin qui s'appelle Sagua et là-bas ils s'appelent tous Revé ! Ils font partie de ma famille. Il y a des blancs, des métis, des noirs et de toutes les couleurs mais ils sont tous des Revé ! Raúl Revé, Félix Revé, Beatriz Revé…

Leonel: Revé, ca sonne un peu français.

Elito: Oui, et Revé ca veut dire rêve en français ! " en français c'est révé! ". A l'époque de la traite des esclaves, il y a de nombreuses années, Revé était un colon qui avait une raffinerie de sucre à Guantánamo et à Sagua. Il fut avec une esclave, puis une autre si bien que commencèrent à naître des Revé par ci, des Revé par là… et de fait on donnait à ces enfants illégitimes le patronyme du maitre Revé.

L'HEURE TRAGIQUE D'ELITO

Leonel: Maintenant nous allons malheureusement parler d'un moment tragique pour toi et pour Cuba. Ton père fut une immense figure de la musique cubaine. Il a dirigé pendant quasiment 50 ans le Charangon mais il est malheureusement décédé a la fin des années 90.

Elito: Mon papa a eu un tragique accident le 23 Juillet 1997 en se rendant au carnaval de Santa Clara.

Leonel: Au niveau musical, c'est cet accident qui t'a propulsé au devant de l'orchestre. Comment s'est opéré le changement ? Comment es tu devenu le directeur du Charangon ? Comment ca s'est passé car tu n'étais pas préparé pour ça?

Elito: Ecoute. J'ai commencé dans l'Orquesta Revé, j'avais 19 ans. Mais j'ai commencé dans l'orchestre par jouer la clave parce qu'il y avait déjà un pianiste et on ne pouvait pas enlever le pianiste de l'époque ! On parle des années 80 et ensuite je suis devenu le clavier de la Orquesta. Je suis donc monté au devant de la scène avec mon père alors que j'étais encore très jeune.

Quand est survenu le tragique accident de mon papa le 23 juillet 97, j'étais déjà devenu le pianiste de la Orquesta Revé.

Leonel: Tu étais déjà le pianiste de la Revé?

Elito: En fait j'étais pianiste. Mais il y avait un autre pianiste dans l'orchestre afin que je puisse assumer la direction de l'Orquesta Revé, jusqu'à aujourd'hui. Et cela fait 11 ans que je dirige l'Orquesta Revé.

Elito Revé au Cabaret Sauvage – Paris - 22/07/08
Elito Revé au Cabaret Sauvage - Paris - 22/07/08
Ecouter l'extrait audio n°2 de l'interview


Leonel: Tu as donc été préparé empiriquement. Tu as une technique de piano très originale dans ta manière de jouer le clavier avec les poignets très relevés. Tu as été diplômé dans une école de musique ou tu as fais ton apprentissage dans le Charangon ?

Elito: Non, je suis diplômé de l'école de musique. J'ai étudié au conservatoire Manuel Saumell à Cuba, un très bon conservatoire d'ailleurs. Mais le Charangon a été pour moi une école parce que j'y ai appris ce qu'est le Son, ce qu'est le Changüí.

Leonel: Absolument, c'est pour ça que tu es, que tu te présentes ou qu'on te présente comme "El Príncipe Del Changüí"! (Le Prince du Changüí)

LA MUSIQUE DU CHARANGON ! CHANGUI ou SALSA?

Leonel: Une question pour le Maestro, une question de musicologue pour nous aider nous autres, les européens, les yumas, à situer ta musique et la musique de l'Orquesta Revé. En effet, on identifie le Charangon au Changüí mais nous savons que même s'il y a des morceaux qui sont du Changüí traditionnel il y a aussi d'autres morceaux de Son, comme "Ruñidera", qui est un son, un son montuno. Il y a aussi le dernier morceau "A Sancochar Boniato" qui finit en son-montuno, qui commence en rumba mais finit en son-montuno. Vous ne jouez pas seulement du Changüí, et à Cuba on appelle ton Papa " El Papa de la Salsa " si bien que certains d'entre nous sont perdus. En définitive que joue la Revé ? Du Changüí ? De la Salsa ¿ Du Son ¿ Tu peux nous aider à nous repérer?


Elito: Bien, la Revé, notre musique c'est le Changüí. Il y a beaucoup de groupes dans le monde entier qui jouent la Salsa. D'ailleurs LA SALSA C'EST LA MUSIQUE CUBAINE ! Mais nous avons notre propre style, notre manière de jouer et si tu écoutes l'Orquesta Revé tu sais que c'est l'Orquesta Revé, car aux timbales, la frappe et la base rythmique des timbales est ce que fait le bongo dans le Changüí original.

Leonel: C'est pour cela que cela parait si frénétique?


Elito: (chantant): "para ta co to, ta co to, ta co to, rocoto to, rocoto pin, pa rocoto pete pete pete pin pan … Vamos a bailar el Changüí ….pan, pete pete pete pin pa"


Ce coup, cette frappe grave est ce que fait le bongo, dans le Changüí original. En fait mon papa a vu cette manière de jouer les bongos, cette rythmique et il l'a transférée aux timbales. C'est pour cela que la forme et l'expression rythmique de l'Orquesta Revé ne ressemble à aucun autre orchestre parce que nous avons les racines du Changüí.

Leonel: De fait, la première fois que j'ai vu le Charangon en 2001-2002, à la première chanson je me suis dit " Mais qu'est-ce que c'est que cette musique ? " Je n'y comprenais rien mais j'ai été contaminé ce jour là et dès la deuxième chanson, j'étais devant la scène pour danser jusqu'au bout. Cette musique accroche. Elle est très contagieuse.


Lionel Rogier et Elito Revé
Lionel Rogier et Elito Revé
Ecouter l'extrait audio n°3 de l'interview

Elito: Nous avons aussi un tres. Nous avons un tres dans la baraque. Dans le Changüí il y a un tres.

Leonel: Vous avez eu le meilleur tresero de Cuba, Papi Oviedo…

Elito: Papi Oviedo a été le tresero de l'Orquesta Revé.

Leonel: Mais ça a changé. Je l'ai rencontré, tu as enregistré avec El Guajiro de Holguin.

Elito: El Guajiro a aussi été le tresero de l'Orquesta Revé.

Leonel: Et maintenant c'est Jorge…

Elito: Jorge-Luis, c'est le Tresero.

Leonel: Jorge-Luis est celui qui est resté car El Guajiro n'est pas resté très longtemps dans le Charangon.

Elito: El Guajiro est resté un peu plus de 2 ans avec nous.

Leonel: Et maintenant, depuis combien de temps Jorge-Luis est dans le Charangon ?

Elito: Cela fait déjà 8 ans.

Leonel: C'est très difficile de trouver un bon tresero à Cuba?

Elito: Non, c'est que… non ce n'est pas difficile. C'est la manière de jouer le tres, cette manière de jouer le tres dans l'Orquesta provient du Changüí.

Leonel: Il faut sentir la cadence si particulière du Changüí, j'imagine?

Elito: La cadence, la forme rythmique … Le Changüí a une forme très particulière de jouer.

ORQUESTA REVE: UN ORCHESTRE MODERNE DE CHANGUI

Leonel: Quelle est la relation entre le Changüí et le Son? Certains musicologues disent que c'est un ancêtre du Son et d'autres qu'ils sont apparus à peu près à la même époque

Elito: Ecoute, la cellule rythmique vient du Changüí. Nous avons un tres qui nous différencie des autres orchestres, et avec lequel nous faisons la cellule rythmique du Changüí. Nous avons une basse, une baby-bass qui joue comme la marimbula du Changüí. Tu n'as jamais vu une marimbula de changüí ?

Leonel: Si! Là-bas, vers Santiago de Cuba.

Elito: Nous autres nous faisons à la basse ce que fait la marimbula du changüí.
(Chantant) "Kin Kon, KiKin Kon Kon, tsi, Kin Kon, tsi, KiKin Kon Kon"..
Ca c'est ce que fait la basse. Si bien que nous autres… Il y a beaucoup de choses du Changüí que nous transférons à notre manière de jouer dans l'orchestre.
Les trombones sont syncopés. En effet, rien qu'avec un Mambo de la Orquesta Revé tu te mets à danser.

Leonel: En effet vous avez un travail des trombones très particulier.

Elito: (chantant) :
" Paan wum bom bom, pe pum baam, pe pum bam, pa pa pa,
…Tremendo jalajala, Tremendo traqueteo...
Paan wum bom bom, pe pum pe, pe pu pe, po po po…"
Du coup l'effet des trombones est très rythmique.

Leonel: Et vous avez dans l'orchestre de grandes figures du trombone comme "El Caramelo de Zamorana" !

Elito: Ulises Benavides , Orlando… Orlandito, et il y a aussi Yamer. En effet nous avons aux trombones Ulises, Orlando et Yamer.
Nous avons aussi Aisar, le bassiste de la Orquesta, très bon. Le pianiste est Pachy.

Leonel: Le propre fils de Pachy, le directeur de l'orchestre Original de Manzanillo?

Elito: Oui, Pachy Naranjo. Aux congas on a Adrian, le güiro c'est Maikel, voyons….
Les quatre chanteurs: Dagoberto qui est " Le Classique " des chanteurs, la voix historique c'est " El Sinsonte ", et j'ai deux jeunes chanteurs, " El Galan " et " El Chino ".
Le bongosero, c'est Ariel!
Le tresero, c'est Jorge-Luis et aux timbales…

Elito Revé
Elito Revé
Ecouter l'extrait audio n°4 de l'interview


LES TIMBALES DE PERE EN FILS

Leonel: Aux timbales, comment s'appelle-t-il ?

Elito: Andy, Andy.

Leonel: Ce n'est pas difficile d'assumer les timbales après Papa Revé?

Elito: C'est un peu difficile.

Leonel: J'imagine qu'il est dans une situation où il a beaucoup de pression, n'est-ce pas ?

Elito: Non, mais Andy a su progresser. C'est un jeune musicien qui a une grande technique et qui est très rythmique. Il sort de l'Ecole de Musique et ça fait déjà 4 - 5 ans qu'il joue dans l'orchestre. Il a étudié la cellule rythmique de l'époque où mon papa jouait les timbales. Il connaît bien la percussion et il lui a fallu s'immerger dans ce rythme pour que ça sonne…

Leonel: Ce rythme ne peut s'apprendre en dehors?

Elito: Non, il faut s'immerger, on ne peut l'apprendre à l'extérieur.


LA ORQUESTA REVE ET LA SALSA

Leonel: Ton papa chante "Mi Salsa Tiene Sandunga" et il y rend un hommage aux salseros, il appelle Johnny Pacheco son frère… quel fut leur relations ? Ils se sont connus au niveau personnel ou seulement par musique interposée ?

Elito: Non, mon papa a eu des relations avec ces salseros parce que l'orchestre a beaucoup voyagé. "Mi Salsa Tiene Sandunga" est un morceau qui a été composé pour le programme de "Mi Salsa" qui a duré 11 ans à la Télévision Cubaine. Et le générique de l'émission c'était la Orquesta Revé.

Leonel: C'est pour cela que l'expression est restée que ton père est " El Papa de La Salsa "

Elito: Oui.

Leonel: C'est la vérité qu'Oscar D'Leon est venu dans votre maison à Guantanamo ou c'est une légende ?

Elito: Non, quand Oscar D'Leon est venu à Guantanamo, il a parlé avec mon père, j'étais un jeune à l'époque. Et Oscar D'Leon a joué à Guantanamo en 1983-1984…

Leonel: On dit d'Oscar D'Leon, qu'on appelle à Venezuela le Diable Rouge, qu'il est venu à la maison de la toupie et qu'il l'a faite virevolter !

Elito: Effectivement il l'a bien faite tourner ! Quand Oscar D'Leon est venu à Cuba et que j'étais encore jeune, il a joué la musique cubaine et il l'a très bien joué !

Leonel: Il a chanté Benny More…

Elito: Il a chanté Benny More, il a chanté de nombreux morceaux et c'est vrai qu'il a très bien chanté et qu'il a très bien interprété la musique de notre pays. Mon plus grand respect pour ce grand Sonero ! Oscar D'Leon !

Leonel: En continuant d'analyser la relation entre l'Orquesta Revé et la salsa, ce que tu nous a éclairci d'une manière inespérée, tu nous a expliqué que le jeu du Charangon prend sa source dans les racines profondes du Changüí.

Elito: Oui, nous jouons avec les racines profondes du Changüí mais que nous enrichissons. Quand tu écoutes l'Orquesta Revé en 1956, dans les années 70, 80, tu vas voir que la Orquesta a beaucoup évolué, tu te rends compte du temps qui a passé, des époques et des générations successives mais la sonorité, le style et el " Sabor " sont restés.

LES TROMBONES DU CHARANGON

Leonel: Et quand avez vous introduit les trombones ?

Elito: Les trombones sont entrés en 1983 -1984.

Leonel: Et pour quelle raison avez vous introduit les trombones? Est-ce dû à une influence de la Salsa New-Yorkaise ?

Elito: Tu vois, l'Orquesta était une charanga. Il y avait des violons, un piano, une flute mais dans les années 80, la musique populaire recevait déjà l'influence de Ruben Blades, Willie Colon, La Dimension Latina.

Leonel: Ainsi, ça sonnait plus moderne?

Elito: Le premier orchestre qui a introduit des trombones à Cuba fut l'Orquesta Revé.
Leonel: Oui parce que Juan Formell a adopté les trombones en 1989, donc après le Charangon.

Elito: Le premier orchestre qui a introduit des trombones fut l'Orquesta Revé, en 83-84 et le hasard a fait que, comme Pupy avait été le pianiste de la Revé au tout début, mon papa a appelé Pupy : " Ecoute Pupy ! Je vais faire quelque chose… Je vais introduire des trombones dans mon orchestre ! Qu'en penses-tu ? " Comme Pupy était aussi arrangeur il a fait les premiers arrangements de trombones à cette époque, et comme il était le pianiste de Los Van Van, il a dit à Juan Formell : " Ecoute, La Revé va mettre des trombones et ca sonne vraiment bien ". Du coup Formell aussi a finalement introduit des trombones dans son orchestre. Ainsi fut l'histoire.

Leonel: Ca, apparemment personne ne le savait. Il faut venir chez toi pour le découvrir !

Elito: Pupy s'est associé avec mon papa comme ensuite avec Formell, mais mon papa a appelé Pupy et lui a dit : " Ecoute, je vais faire un changement dans l'orchestre et je vais ajouter des trombones " parce que le public écoute déjà la salsa qui arrive avec Dimensión Latina, Willie Colon, Rubén Blades, Oscar D'Leon et il y a un changement musical en cours, un changement de sonorité pour les danseurs. Mon père a eu cette vision et le premier orchestre qui a introduit des trombones fut l'Orquesta Revé. C'est aussi de ce changement qu'est sorti le nom de " Charangon ".

NDLR: Je n'ai pas souhaité contredire El Maestro Elito à propos de la date de l'introduction des trombones dans Los Van Van qui en fait remonte à 1980, avec le disque " Juan Formell y Los VAN VAN " (le disque avec Juan Formell sur la moto : collection Los Van Van Vol.6). Apres vérification, nous pouvons confirmer que le premier disque de l'Orquesta Revé avec des trombones est sorti en 1982. Toutefois, la version d'Elito, même si sa chronologie n'est pas exacte, est néanmoins correcte : l'Orquesta Revé a bien introduit les trombones avant Los Van Van. Par contre il y aurait probablement beaucoup à dire a propos de savoir si l'Orquesta Revé était vraiment la première Charanga à utiliser des trombones…(merci a Claudio Marucci, alias Claudion, pour les éclaircissements)

Leonel: Parce que c'était une Charanga avec trombones !

Elito: Normalement une Charanga n'a pas de trombones. A Cuba on faisait un festival de Charangas en 81, 82. Mais en 1983, ils n'ont pas invité mon Papa au Festival de Charangas. Mon père leur a demandé " Pourquoi vous ne m'avez pas invité au Festival cette année ? ". Ils lui répondirent " Non, vous n'êtes pas invité parce que vous avez mis des trombones ". Elio Revé leur répondit " Et bien si vous ne m'invitez pas au Festival de Charanga c'est que mon orchestre est un Charangon ! " et le nom de Charangon est resté !

Leonel: Ainsi fut rebaptisé l'orchestre !

Elito: C'est de là qu'est sorti le nom de Charangon.

Leonel: Mais que veut dire exactement "Charangon"? Une Charanga avec des trombones (en jouant sur la contraction phonétique) ou bien est-ce une grosse Charanga (à l'image des suffixes en '-on' qui signifient gros à Cuba) ?

Elito: Un Charangon c'est une grosse Charanga avec des Trombones !

Leonel: Peut-on dire que cette musique appartient au monde de La Salsa?

Elito: Nous appartenons au monde de La Salsa mais avec notre propre style et avec notre… La Revé ne ressemble à aucun orchestre de Salsa !

SAMA ?


Leonel: Vous avez votre propre style qui se reconnait aussitôt. Il y a un groupe qui se rapproche du Charangon, un groupe très récent qui a sorti un disque l'année dernière. Il s'appelle "Sama y Expreso de Oriente". Tu l'as écouté?

Elito: Il y a un morceau de mon Papa qui dit : (Elito chantant) "Oye me Sama, Me siento morirme ¡ En el otro mundo no se puede guarachar ¡ Oye me Sama ¡ Me siento morir. Oye me Sama ¡ Kin Kon Kong Kin……."

Leonel: C'est vrai que ce morceau s'appelle 'Sama' mais il y a aussi un groupe qui a sorti un disque sous ce nom. Je ne sais pas si tu l'as écouté ? Il s'appelle 'Expreso de Oriente'.

Elito: Non.

Leonel: La prochaine fois je te l'offre. C'est une fusion entre le travail de la Revé et le travail de Los Van Van. Ils s'inspirent des deux et ca sonne plutôt bien. Continuons ! Ainsi donc vous appartenez au monde de La Salsa mais avec votre style, la richesse du Changüí, mais vous jouez de tout, des bombas, de la rumba, du son, du son montuno par exemple.

Elito: Bien sur car nous faisons une fusion, une fusion de styles. Regarde dans 'A Sancochar Boniato' il y a une Rumba mais après ca part en Son Montuno… Il y a une fusion. L'Orquesta enrichit beaucoup et de plus en plus.

Leonel: Et vous vous situez dans le monde de la Timba ou pas ?

Elito: NON, NOUS N'APPARTENONS PAS A LA TIMBA !

Leonel: Vous ne vous identifiez donc pas à la Timba ?

Elito: Nous avons notre identité propre!

LE MONDE PARTICULIER DU CHARANGON


Leonel: Permets nous des petites questions car le Charangon est un monde en soi ! Le Charangon a ses codes, son vocabulaire. Commençons par Pipi ! Vous chantez "Vamos hacer el Changüí en la casa de Pipi" (Allons faire le Changüí a la maison de Pipi). Qui est Pipi ?

Elito: Pipi est un changuisero qui vit à Yateras, une municipalité de la Province de Guantánamo. On fait le Changüí à la Casa de Pipi.

Leonel: C'est à la Loma Del Chivo?

Elito: Non, c'est ailleurs, Dans la province de Guantánamo mais il faut aller en brousse, dans un village à la montagne, Pipi vit dans les collines. C'est un changuisero.

Leonel: Et Nora aussi? (référence au CD "Changüí En Casa De Nora")

Elito: Non, Nora est une changuisera qui vit à La Loma Del Chivo. Quand nous jouons à Guantánamo, à La Loma Del Chivo, nous faisons les Ajiacos à la maison de Nora. Ajiaco ! C'est un plat typique de Cuba et spécialement de Guantánamo. On y cuisine des bananes plantains, des patates douces et tous types de tubercules, on fait un Ajiaco ¡

Leonel: A Sancochar Boniato!

Elito: A Sancochar Boniato! Oui !

Leonel: Tu as des mots, des expressions uniques qui identifient le Charangon. Tu lances "E Cuajey ¡", comment fais-tu ?

Elito: E Cuajey ¡

Leonel: Qu'est-ce que ca veut dire?

Elito: C'est une expression..."E Cuajey", "A Sancochar Boniato", "De que estamos hablando", ..

Leonel: Il y en a une que l'on m'a rapporté qui ne serait pas de toi. ¡Apréndetelo ¡ Apréndetelo ¡ (Apprends-toi (la leçon)!). On m'a dit hier que cette expression est en fait attribuée à Los Papines.

Elito: Ce sont des expressions pour la scène, pour le show, mais les gens les apprennent grâce à moi… C'est comme "Deja la Contentilla !"

Leonel: Celle-là je ne la connaissais pas !

Elito: "Deja la Contentilla" c'est comme si nous allions à la maison de Franck ou chez toi par exemple et que tu me dises " Mais pourquoi tu l'as amenée celle-là? Laisse tomber tes initiatives de m'amener ces gens chez moi ! "

Leonel: C'est comme "Atrevimiento"! Comme "Quel Sans-Gene"!

Elito: Oui, un 'atrevimiento', "deja la contentilla" ¡ On va tous a la maison d'untel et on fait la fête et quand le maitre de maison arrive il dit : " Et ce sans-gêne chez moi?!"

Elito Revé

LE DERNIER DISQUE "FRESQUECITO"


Leonel: Maintenant nous allons parler du disque "Fresquecito". A quoi attribues-tu le succès de "Fresquecito" ? Nous avons parlé de la qualité de la composition des morceaux, mais je pense que c'est aussi dû aux 'coros' qui plaisent au public et qui se retiennent facilement…

Elito: Il faut reconnaitre dans ce disque le travail des arrangements d'Aisar. Aisar et moi nous nous réunissons souvent, moi au piano et Aisar a la basse, Aisar est un très bon arrangeur. Il m'a déjà dit ce que doit être la direction que je souhaite imprimer au Charangon. La pianistique de l'Orquesta Revé. Tous ces tumbaos sont les miens. L'Orquesta Revé a un jeu de piano très spécial, très parlant, c'est un langage. C'est un jeu de piano très transparent. [...] Nous utilisons des accords majeurs ou des accords mineurs selon la séquence harmonique. Mais surtout nous ne compliquons pas tellement l'écriture pianistique de l'orchestre. Elle reste très simple, transparente mais avec beaucoup de goût et de sabor !

(Elito chantant) " Kiki kun gun guen kun guen kun guen, kin kin guin guin, A Sancochar Boniato ken, Kon Kon Guen , KonKon Guen Kon guen… "
Ca c'est ce que fait la basse de l'Orquesta Revé.

Aisar est un excellent arrangeur et il faut lui rendre hommage pour le travail des arrangements qu'il a réalisé sur ce disque.

Il faut aussi noter le remarquable travail des musiciens de l'orchestre.
Andy est un très bon batteur, un bon percussionniste. Ulises Benavides est le premier trombone.

Le grand travail de Pachy, le pianiste. En fait ce sont tous les musiciens qu'il faut remercier.

Dagoberto, LA VOIX, une voix claire, très propre, mais aussi El Sinsonte, la voix historique s'imposent fortement.

Leonel: Ca fait combien d'années que Pascual Ramos et Dagoberto sont entrés dans le Charangon ?

Elito: Dagoberto ca fait comme 10 - 12 ans et Pascual déjà 15 ans.

Leonel: Ce sont les voix qui permettent d'identifier la Revé aujourd'hui.

Elito: Ce sont les voix principales.

Leonel: Mais maintenant Pascual chantent moins de chansons, non?

Elito: Il en chante deux ! Le Changüí et …

Leonel: Il fait plus les chœurs qu'il ne chante comme voix principale, tu ne penses pas?

Elito: C'est que Pascual avait beaucoup de chansons à l'époque de "La Explosion Del Momento" et qu'il a une voix si particulière. Il aide énormément sur les chœurs. Rappelle-toi que pour chanter "Se formo la Ruñidera" (Elito chante de manière très aigue et nasale), pour tenir cette voix.. Il n'y a qu'El Sinsonte pour chanter comme ca. Et "Fresquecito ¡"

Leonel: Il a une voix très nasale.

Elito: Nasale effectivement! Avec lui les 'coros' sont là-haut, là-haut, là-haut…
Il faut reconnaître le travail des chanteurs mais aussi celui du producteur du disque, Juan Manuel Ceruto. C'est lui qui a aussi produit la musique du film " El Benny ".
Il faut remercier également la compagnie discographique cubaine, BIS Music.
Il s'agit d'un disque très pensé, très bien produit par Juan Manuel Ceruto, très bien orchestré et arrangé grâce à Aisar, et très bien interprété par tous les musiciens, Ulises, Dagoberto, El Sinsonte, Andy, Orlandito, Jorge-Luis el tresero, etc.
Ca a été un travail d'ensemble pour arriver à ce résultat.

Leonel: C'est ce que tu disais lors d'une interview à la radio hier, que vous avez réalisé un travail collectif. Vous travaillez vraiment de manière collective ? Comment ca se passe ? Aux répétitions, n'importe qui peut proposer quelque chose ?

Elito: Quelqu'un peut apporter une idée mais c'est Aisar qui va dire " Allons dans cette direction " ou bien " Vous pensez qu'on peut faire quelque chose par là ? ". Je les écoute beaucoup. Mais ce sont eux qui viennent toujours consulter comment on va faire. C'est dans ce collectif que réside notre force et celle du disque "Fresquecito".
Il y a eu aussi le travail de Robertòn.

Leonel: La Force…

Elito: La force, c'est à dire… ce type a beaucoup de talents et de facettes qui font qu'il mérite le Prix Cubadisco 2008 et le Prix de Fiestacubana. D'ailleurs tout l'orchestre mérite ces Prix. Il y a beaucoup de gens qui connaissent l'Orquesta Revé mais maintenant, avec la production de ce disque, mis a part les orchestrations et les arrangements, il faut avouer que ce disque est explosif… Cette sonorité! Il y a des personnes qui connaissent déjà l'orchestre mais bien d'autres qui nous découvrent avec une formule sonore différente et une cadence ajustée pour les danseurs… Quand c'est comme ça (Elito nous joue une cadence modérée en claquant des doigts), c'est là que se trouve le rythme adapté pour un morceau dédié aux danseurs.

On ne peut pas accélérer. Il faut conserver une cadence pour le danseur. Même celui qui ne danse pas va vouloir bouger avec ce type de rythme, ne serait-ce qu'en bougeant l'épaule.

Leonel: C'est vrai, vous jouez une musique populaire, destinée aux gens simples et chantée pour les danseurs.

Elito: (en chantant tout sourire) "Dale Agua Al Domino, … Con el doble nueve"

Leonel: Tu es le directeur de l'orchestre, tu es aussi pianiste mais tu es un terrible animateur de scène "E Cuajey !"

Elito: "E Cuajey! A sancochar boniato! "

Leonel: "De que estamos hablando", "Ke ke ke ke ke, Wayaaaa ¡"

Elito: "Ke ke ke ke ke, Wayaaaa ¡" Ce sont des petites choses qui plaisent au gens. Je le fais et ces petites phrases que je lance font que l'humeur se fait plus animée, plus cubaine…

Leonel: l'ambiance est plus amusante!

Elito: Oui, c'est plus divertissant, ca amène beaucoup de joie.

Leonel: Vous faites aussi un show sur scène, rien à voir avec La Charanga Habanera, mais vous amenez une joie, une accélération et ça se voit que vous êtes unis, ça fait partie du succès, ca aussi ?

Elito: Nous sommes un orchestre très uni, un orchestre très familial. Il y a une grande discipline aussi. Je travaille énormément, je suis un bourreau de travail. Quand c'est à 7 heures, c'est 7 heures, 8 heures, c'est 8 heures. Ca ne me plait pas de laisser un concert en plan. Chaque représentation à Cuba ou dans le monde me plait. Il ne m'est jamais arrivé de rater un concert jusqu'à présent.

La discipline est très importante pour moi. Je ne supporte pas le musicien qui a bu. Je suis très strict sur la discipline. Le succès d'un orchestre dépend tant de sa musique que de la discipline à l'intérieur du groupe.

Leonel: Effectivement je pense que les orchestres qui se sont maintenus avec succès à Cuba sont ceux qui appliquent une grande discipline comme le Trabuco, Adalberto Alvarez y su Son.

Elito Revé


LES CHAISES MUSICALES


Leonel: Je crois que tu n'as pas eu beaucoup de chance récemment avec tes derniers chanteurs, car El Bello et El Chino sont partis. El Bello est allé rejoindre La Charanga Habanera.

Elito: El Bello, Lázaro, je lui ai donné le nom de scène de 'El Bello'

Leonel: C'est toi qui leur donne leurs surnoms ?

Elito: Oui, je leur ai donné le nom de 'El Bello' et de 'El Chino'. 'El Chino' chantait dans le groupe Bakuleye et 'El Bello' était dans La (Charanga) Forever. Je l'ai découvert dans La Forever. Je l'ai énormément fait travailler. Il avait une bonne voix mais il venait d'un autre climat musical, avec l'orientation d'un autre orchestre, très bon certes mais pour entrer dans l'Orquesta Revé, il a fallu le mettre au Changüí, à la cadence du Changüí, à la rythmique de la clave. Cela a représenté un gros travail que nous avons fait au studio avec Aisar, Juan Manuel Ceruto. Une fois le disque enregistré et quand le disque sort, on ne sent plus tout ce travail, mais 'El Bello' est un chanteur excellent. On peut dire qu'il s'est réalisé dans cet orchestre. C'est l'Orquesta Revé qui l'a fait et pour chanter dans l'Orquesta Revé, il faut savoir chanter. Maintenant il est dans La Charanga Habanera mais j'ai désormais 'El Galan' et 'El Chino', pas le même mais un autre 'Chino'.

Leonel: Un autre 'Chino'?

Elito: 'El Galan' et 'El Chino'. Je vous prépare des surprises. Au début de l'an prochain nous allons lancer deux nouveaux morceaux avec ces chanteurs. C'est une surprise. On continue avec "Fresquecito" mais on vous prépare pour le début de l'année prochaine deux morceaux avec 'El Galan'. L'Orquesta Revé est un orchestre école […] mais pour chanter dans l'Orquesta Revé il faut vraiment savoir chanter et pour jouer dans l'Orquesta Revé il faut vraiment savoir jouer. C'est un orchestre qui forme et dont je ne suis pas seulement le directeur au niveau musical mais aussi pour la discipline. Nous sommes très exigeants. C'est la recette du succès. Et l'orchestre plait beaucoup, il plait beaucoup en Europe. Il y a une furie pour la Revé en Europe.

Leonel: Oui, tu as vu à Zurich, en France? A Montpellier, Paris, comment s'est formé le délire dès que le Charangon a commencé ?

Elito: Tu te rappelles du concert de Montpellier ? Et après c'était quelle ville ?
Leonel: Bordeaux !

Elito: Ca a été terrible. Il fallu remonter trois fois sur scène !

Leonel: Et a Paris ca a été l'explosion !

Elito: A Paris ce fut l'explosion. Maintenant je vais vous reprendre d'anciens succès de la Revé mais "Fresquecito" reste le grand tube.

EL NENE ET LA REVE


Leonel: En parlant de chanteurs qui sont partis rapidement, il faut parler du cas de El Néné, Alexei Moises Sanchez qui t'a composé "Ya No Te Doy Mas Na'"

Elito: El Nene est un grand chanteur, il a une disposition très particulière, un grand charisme mais… Tout mon respect à lui, il y a des choses avec El Nene, avec qui j'ai beaucoup parlé… Maintenant il est à Santa Clara. C'est un grand chanteur.

Leonel: J'aimais beaucoup comment il interprétait sa propre chanson.

Elito: (en chantant) "Ya no puedo darte lo que tu me …" Tu vois cette chanson, en 2007, en France ou bien à Zurich, et tout d'un coup El Nene me sort "Fiesta, lo que quiero es Fiesta , muchachita hasta que amanezca , Polepopepopaye, …". C'est justement sorti lorsque nous sommes allés de France à un autre pays.

Leonel: El Nene était dans la Revé, il est parti pour Azucar Negra, pour Chispa (y Los Complices), il est revenu à La Revé, il est retourné dans Azucar Negra et il en est ressorti pour disparaître.

Elito Revé


UYUYUYE - FIN DE LA CONTROVERSE AVEC MICHEL MAZA


Leonel: Raconte-nous la légende de 'Uyuyuye'. Comment a surgi cette chanson ? On parle toujours de la controverse de qui a inventé ce refrain, entre Michel Maza ou le Charangon ?

Elito: Dites donc, mais vous à Fiestacubana vous êtes au courant de tout !

Leonel: La dernière version qui m'a été rapportée c'est que finalement ce sont les deux qui ont créé cette chanson lors d'un concert à La Java à Paris, l'endroit était tellement petit et c'était l'époque à laquelle Michel était avec La Charanga Forever sur Paris. Il est venu au concert du Charangon à Paris à La Java, c'était plein a craquer, il faisait si chaud que Michel a lancé ce 'coro' et que vous en avez fait une chanson, c'est correct ? C'est la bonne version ?

Elito: Ecoute, ce fut ainsi. Michel Maza… Nous donnions un concert à La Java à Paris. Je ne me rappelle pas très bien l'année, ça devait être en 2002-2003 et donc, Michel est entré. Michel est un excellent chanteur charismatique et soudain il lance ce 'coro' "Uyuyuye, Que veo, tremenda…" et nous avons continué le morceau mais ca m'est resté dans la tête. Nous sommes rentrés par ici à La Havane puis nous sommes allés au Carnaval de Camaguey et j'ai lancé le fameux 'coro'. Je te parle d'un concert devant quinze à vingt mille personnes sur la place. A la fin du concert je lance encore "Uyuyuye" et tout le monde me répond "Que veo, Tremendo Jalajala, Tremendo Traqueteo". Je me dis " Mais ça c'est un succès ! "

Leonel: Ca a accroché !

Elito: Ensuite j'ai écrit les paroles, les orchestrations, j'ai tout fait.
Nous avons lancé ce morceau à la radio. Par exemple on a passé ce morceau dès le 1er Février et bien le 10 Février c'était déjà au top du hit parade à Cuba. En 10 jours c'est devenu un tube. Franchement, je ne sais pas ce qui s'est passé. Michel est un grand chanteur, un excellent chanteur, il a lancé le 'coro' mais celui qui a écrit les paroles, composé le morceau, c'est moi.

Leonel: Maintenant c'est clair mais il en est resté une jalousie ou bien tout est resté bien entre vous ?

Elito: Nous nous sommes entendus, Michel a compris et il m'a compris.

Leonel: De toute manière il est capable de lancer des 'coros' puissants à tout moment, il est tellement créatif ce Michel, c'est un cador.

Elito: C'est un excellent chanteur. Il a lancé ce 'coro' et j'ai vu que ce 'coro' avait beaucoup de force et nous avons monté la chanson avec l'orchestre.


ELIO REVE ET LE REGGAETON


Leonel: Le Charangon a son identité bien propre, toutefois je crois que le mot ou la question qui prédomine le marché actuel de la musique à Cuba c'est la question de l'identité cubaine. Je ne parle pas du Charangon, mais il semble qu'en ce moment beaucoup de musiciens se confrontent au Reggaeton qui marche très fort, et qu'ils se sentent forcés de se positionner par rapport au reggaeton. Tout ce qu'ils font se fait en réaction au reggaeton. Certains décident de faire de la musique avec du reggaeton, comme La Charanga Habanera ou même Bamboleo. Beaucoup de groupes assimilent le reggaeton et l'enrichissent. D'autres réagissent en refusant le reggaeton et vont rechercher les racines de la musique cubaine comme le son montuno, la rumba. Comment vois-tu le futur de la musique cubaine? En défense de la musique cubaine ? Tu perçois le reggeaton comme un danger ? Comment vois-tu la situation de la musique à Cuba ?

Elito: Bon, écoute. D'abord le reggaeton est un genre musical qui plait beaucoup aux Etats-Unis, à Puerto Rico, en République Dominicaine. C'est un rythme qui est déjà reconnu mondialement. Je ne crois pas que le reggaeton soit un danger pour la musique cubaine parce que la musique cubaine a déjà de nombreuses années. Je te parle de Benny More, Chappottin, Arcaño y sus Maravillas, je te parle des classiques, Pacho Alonso, Elio Revé, Rafael Lay, les grands chanteurs de boléro de Cuba. Cette musique ne disparaitra jamais parce que ce qui est bon est fait pour durer.

Qu'est-ce qui se passe actuellement. Le reggaeton est un genre établi et qui plait mais nous autres, les musiciens cubains, ce que nous faisons, c'est de la musique pour le peuple cubain. Nous devons faire de la musique bien faite et bonne pour qu'elle soit au même niveau que celle de la Revé, de Los Van Van, d'Adalberto et de Simonet, à côté du reggaeton.

C'est vrai qu'aujourd'hui le reggaeton est très populaire à Cuba mais quand je vais (jouer) à la Place (de la Révolution), à Santiago de Cuba, je rassemble les foules. Je jouais le 4 Avril à Santiago de Cuba et il y avait plus de treize mille personnes. J'ai joué à La Tropical, concert où tu es venu, et c'était plein.

Du coup je pense que le reggaeton est un genre musical qui est comme ce que fut à l'époque le cha-cha-cha. C'est un genre musical établi mais il nous faut faire de la bonne musique et défendre nos valeurs culturelles et notre identité culturelle afin que le reggaeton soit mais surtout pour qu'on continue d'écouter de la musique cubaine.
Il y a des gens qui vont écouter du reggaeton et d'autres qui vont écouter d'autres musiques, y compris la musique populaire cubaine. Il y a un public pour tous les genres musicaux. Ce qui est important c'est que la nouvelle génération des musiciens cubains, que les jeunes de 15 à 20 ans écoutent beaucoup de musique. Les jeunes gens qui sortent des écoles de musique sont des musiciens, de très bons musiciens, ils ont un grand talent mais ils doivent écouter de la bonne musique pour assurer notre relève, parce que Elito, ce n'est pas qu'il soit vieux, mais il n'est pas jeune non plus !

El Charangon à la Tropical



Leonel: Tu eres un temba que se mantiene ¡ (NDLR: référence à un coro de la Charanga Habanera : 'Tu es un homme dans la force de l'âge et qui se maintient bien')

Elito: Je suis mûr ! Je n'ai ni 20 ans, ni 30 ans, je suis un "temba". Il faut assurer d'ores et déjà la relève pour dans 15 ans, la relève d'Elito Revé, de Formell, de Adalberto, de Simonet. C'est la dialectique de la vie. Si bien que notre fonction maintenant c'est de nous assurer que ces jeunes musiciens fassent de la très bonne musique populaire cubaine. C'est là que sont les racines et il y a de très bons jeunes musiciens avec beaucoup de talent… mais il faut faire de la bonne musique.

Il peut y avoir du reggeaton ou toute autre forme de musique, il y a un public pour chaque style.

Le reggaeton s'écoute beaucoup à Cuba. Tout mon respect aux grands reggaetoneros de Cuba, il y en a des bons comme Gente De Zona, Baby Llores mais la musique populaire cubaine est là aussi, et nous la faisons depuis des années. C'est la musique populaire cubaine faite par de grands musiciens comme Los Van Van, Adalberto, Pupy, Simonet, Le Charangon. Nous faisons de la musique pour les danseurs, et ce qui est bon ne se perd pas, ce qui est bon perdure. Comme Orquesta Aragón. Tu aimes Orquesta Aragón?
Ce qui est bon est fait pour durer !

Il faut aussi savoir ce qui plait au public. Aux concerts de La Orquesta Revé viennent danser des jeunes de 15-18 ans, rien de plus normal, mais il y a aussi des gens de 30 ou 40 ans qui dansent avec la Revé, même des gens de 50 ans. La musique populaire cubaine est éternelle parce que nous la portons dans notre sang. C'est notre manière de parler, notre manière de marcher, notre manière d'être.


ELITO REVE ET L'INSPIRATION


Leonel: Quelles sont tes sources d'inspiration, celle qui te coule dans les veines ? La vie quotidienne ou les chroniques sociales ? Ou as-tu d'autres sources d'inspiration comme la religion, la fête ou toute autre chose ? Par exemple ton papa a fait Papa Eleggua !

Elito: Nous faisons des morceaux en fonction du moment, avec des expressions cubaines, des surprises. Ce sont les moments forts de la vie cubaine qui nous inspirent. La manière de parler à Cuba, les dictons mais aussi la religion nous inspirent comme "Papa Eleggua", ou le morceau pour San Lazaro :

(Elito chantant) "Como se va al Rincón, caminando ¡" … Comment va-t-on au Rincón ?

Leonel: Oui, en marchant !

Elito: En marchant. C'est une expression de Cuba. C'est pour cela que ces morceaux marchent si bien.

Leonel: Des morceaux très liés à la vie quotidienne, à la Cubania !

Elito: A la Cubania

Leonel: Y-a-t-il d'autres musiques qui t'inspirent ? Il y a un arrangement dans une de tes chansons qui est inspiré de la Samba, de la musique brésilienne. Je crois que c'est dans " El Diñero ". Il y a un petit passage de Samba, n'est-ce pas?.

Elito: Oui un petit peu, mais pas plus.

Leonel: Tu écoutes d'autres musiques que la musique cubaine ? J'ai vu dans ta discothèque qu'il y a de la salsa, Ismael Rivera…

Elito: Ismael Rivera, Johnny Pacheco, Willie Colon, j'aime les classiques, Marc Anthony me plait, Oscar D'Leon. J'écoute tous types de musique.

Leonel: Et la musique africaine, le Jazz ?

Elito: la musique africaine, le jazz, la musique brésilienne, j'écoute de tout.

Leonel: Et le Funky nord-américain ?

Elito: J'aime Earth, Wind & Fire. Tierra Viento y Fuego! hahahaha

Leonel: Il y a d'autres musiques qui t'inspirent ?

Elito: J'aime la rumba, c'est la rumba qui me plait.

Leonel: C'est vrai qu'on sent beaucoup la rumba dans ta musique. Je ne sais pas si c'est la clave mais il y a toujours cette respiration de la rumba. Ca transpire la rumba.

Elito: Rappele-toi que la clave que nous utilisons est la clave de rumba !
(Elito chante et joue la clave de rumba avec ses mains) "Se lo llevaron todo, Y no quedo nadita! Se lo llevaron todo….."

C'est la clave de rumba. L'autre c'est la clave de son. La clave de rumba est un peu plus en avant.

Leonel: Je crois que c'est celle qu'on identifie le plus à la clave cubana, celle qui donne une cadence plus enivrante.

Elito Revé


LES PROJETS DU CHARANGON


Leonel: Pour terminer et nous retirer, parlons de tes futurs projets. Tu nous as déjà dit que tu préparais deux morceaux avec 'El Galan'. Quoi d'autre ? Des projets de tournées ?

Elito: En Juillet nous partons en tournée. Ensuite je crois que nous allons revenir en Europe au mois d'Octobre. Je pense aller au Mexique.
Je vais offrir au Musée de la Musique les premières timbales de mon père. Elles ont 52 ans et on peut lire " Revé Changüí ". Je vais les remettre le 3 Juin ici à Cuba.

Leonel: Ca va être un événement culturel important.

Elito: Très important.

Leonel: Où est le Musée de la Musique ? Ici à La Havane?

Elito: Ici à La Havane. Il y a des objets et des œuvres de grands musiciens et moi je vais leur offrir les timbales de mon père qui disent " Revé Changüí ".

Leonel: Tu rends toujours hommage à ton père. Dans les disques… Combien de disques sont sortis en hommage à ton père ?

Elito: La Orquesta Revé a réalisé 40 disques.

Leonel: Oui mais il me semble que c'est vital pour toi de toujours faire référence à ton papa. Pourtant tu t'es réalisé comme un grand directeur du Charangon ! Tu as gagné les Prix cette année, non ? Tu t'es fait un prénom !

Elito: Le temps passe. Ca fait déjà 11 ans que je suis le directeur de cet orchestre.

Leonel: Et tu prépares encore de nouvelles chansons!

Elito: Oui, nous préparons des nouveaux morceaux mais c'est une surprise ! Je ne peux pas en parler… Je sais qu'avec vous, tout va se… Bon, il va y avoir des surprises, c'est tout ce que je peux dire. Pour le début de 2009 et vous serez les premiers informés.
Bon je m'en vais ! Un grand Salut pour l'Europe et pour FiestaCubana.net de la part de Elito Revé y su Charangon
" Uyuyuye, Que veo ¿" "A Sancochar Boniato" "De Que Estamos Hablando? " "Weaaaaa ¡".

Interview réalisée et traduite de l'espagnol par Leonel.
Crédits photos/vidéos : Patrick Bonnard


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