Interview of Cesar Pupy Pedroso pour Baila en cuba 2006

Écrit par Leonel le . Publié dans Biographies

Quand il a commencé son brillant chemin aux cotés de Los Van Van comme pianiste, arrangeur et compositeur il avait déjà accompli plus de 30 années d’une œuvre ininterrompue; il décida ensuite de donner un tour nouveau à sa carrière artistique en fondant un nouveau groupe. Quasi 5 ans plus tard, il figure toujours parmi les incontournables de la musique populaire cubaine, et quand on annonce la présence de son orchestre, tous savent que la fête sera au rendez-vous.

C’est pour cette raison que Pupy y Los Que Son Son, ne pouvaient être absents des Rencontres « Baila en Cuba » qui seront célébrées à la fin de l’année à La Havane et que ceci nous servit de prétexte pour cet entretien dans lequel le musicien donna un regard sur sa trajectoire exceptionnelle avec un arrêt obligatoire sur le lègue de son père.


“Dans ma maison il y a toujours eu un piano, mon papa jouait du piano avec la Sensación, avec l’orchestre de Chapottín, avec Benny Moré…avec une série de personnalités de la culture cubaine, de ce type de musique. Un de mes oncles jouait du güiro avec l’orchestre de Arcaño, mon grand-père était directeur d’un orchestre qui s’appelait Cuba, il jouait de la flûte. C'est-à-dire que dans ma maison, ce qui se respirait tout le temps, c’était l’air musical.


De ce fait, depuis tout petit, je me suis mis a coté du piano et j’essayais de lui extraire quelques mélodies avec mes petits doigts et je me rappelle les premières furent Cerezo Rosa et Inolvidable Primavera quand j’avais 4 ans. Puis quand le temps a passé, j’ai continué à jouer et à l’age de 11 ou 12 ans je suis entré au conservatoire, bien qu'avant tout cela j’ai reçu des cours avec des professeurs particuliers. Mais toujours comme base fondamentale, mon guide fut mon père. Tant est si bien que parmi beaucoup des choses que je fais, ou plutôt 90% des choses que je fais sont issues de la créativité de mon papa. Les gens me les attribuent à moi, mais non, cela vient de lui.

Bien au delà de se contenter de suivre ces directives au moment d’interpréter la musique, Pupy a reçu de grands enseignements de son père qui lui a attiré l’attention sur l’oeuvre de grands du clavier comme Rubén González et Lilí Martínez. « Une fois, lorsque j’étais gamin, il y avait un orchestre qui jouait et qui s’appelait l’orchestre de Orlando Lopez, qui était le frère de Cachao. Orlando López n’était pas un pianiste à faire des choses exceptionnelles mais mon père m’a dit : - Regarde, il ne joue pas tant de notes que ça mais fais attention au swing qu’il obtient au piano. Ceci fut aussi une des choses qui furent comme des lignes directrices, essayer d’avoir du swing, de s’adresser au danseur et à celui qui écoute la musique ».


Suivre le tumbao

Apparemment ces mots convainquirent le jeune pianiste qui ignorait alors combien de générations de cubains allaient jouir de la musique issue des ses doigts. “Cuba est une mine de danseurs aussi bien parce qu'ici, tous le jours, on te change les pas de danse, et il faut composer précisément en fonction de ce que l’on voit danser. Quand je joue, je me concentre beaucoup sur les danseurs au moment de faire un tumbao. C’est une relation entre le danseur et l’interprète.”

Le Tumbao est une chose fondamentale même s’il ne s’agit pas nécessairement d’un Tumbao de piano, on peut avoir un bon Tumbao de basse. Mais le piano, la basse et les congas, c’est avec ça qu’on fait danser; sont, à mon avis, les trois choses fondamentales pour danser. En effet, chanter, le bassiste il peut le faire. Je jouais à une époque dans un Septeto. A un moment une partie des membres ont commencé à s’en aller pour d’autres groupes et nous sommes retrouves juste au piano, a la basse et aux congas; Le conguero et moi-meme chantions et les gens se sont éclatés avec ça. Pour moi, le piano a une importance primordiale.
Je pense que mon apport pianistique à Los Van Van est une chose qui s’est révélé comme style unique. Un jour nous étions au Mambí de Tropicana et nous jouions un morceau qui plait beaucoup à mon papa, un morceau de Formell; il s’est approché et m’a dit : vas-y joue mon morceau – qui s’appelle « Si Mami Se Va, Vas » - qui lui plaisait beaucoup et il me dit : « Pourquoi tu ne lui places pas un Tumbao là ? » « Non, ce morceau est de Formell » lui dis-je. Finalement il parla a Formell et à partir de ce moment j’ai commencé à faire des Tumbaos dans le groupe. Remarque que les premières chansons de Los Van Van sont très différentes. Et le Tumbao a créé une base, un style de telle manière qu’il est devenu indispensable depuis ce temps là.

Je sais –ceci n’est ni immodestie ni rien d’autre - c’est que je me suis rendu compte comment les autres font le Tumbao et moi je le fais de manière différente. Cela a été mon idée à partir de celle de mon père de faire le Tumbao d’une certaine façon, je me suis dit : Si j’ai un accord complet, - un accord à 5 notes, 4 notes – et si j’ai ces 4 notes pour faire un Tumbao pourquoi utiliser seulement une seule note (NDLR : main droite et main gauche jouent la même note à l’harmonique). C’est cela qui se faisait, les gens n’utilisaient qu’une seule note à la fois. Alors que ce je fais moi, je répartis les 4 notes (NDLR : il harmonise le tumbao à la tierce ou à la quinte, en utilisant tout l’accord), je le fais comme si j’étais en train de faire un thème de Bach. »

Pupy au piano, Mandy au chant


Le précèdent inéluctable

Il est très difficile de parler avec Pupy et de ne pas parler de cette étape dans Los Van Van ou s’est consolidé sa formation musicale. Une histoire qui a commencé à la fin des années 60, quand il officiait comme pianiste et directeur musical de l’orchestre Revé jusqu'à ce que Formell intègre la formation avec ses idées rénovatrices. « J’avais déjà fait 2 ou 3 arrangements pour la Revé mais comme cet orchestre avait le style du Changüí, et on n’en sortait pas. Formell est entré dans le groupe et ce qu’il apportait me plaisait beaucoup, alors je me suis arrêté parce que j’ai vu l’importance de ce qu’il était en train de faire et je lui ai laissé plus d’espace. Ce que j’ai fait, ça a été d’apprendre à ses cotés. A cette époque on a fait “Que Bola, Que Bolon”, “El Martes”, “La Chica Solitaria”, “La flaca”, “El jueves” …

A la fin de 1969, Formell a fondé son orchestre et en 1971 Pupy a réalisé les premiers arrangements pour Los Van Van et aussi ses premières compositions : « J’ai fait le premier morceau, il s’appelait « El Bate De Aluminio » avec aussi un autre qui s’appelait « Tal Como Empezo » dont El tosco (José Luis Cortes) fit les arrangements, je fis celui de « El Bate.. ». Finalement le morceau a beaucoup plu à Formell et à partir de ce moment j’ai continué à composer avec mon propre style.». On a passé tellement d’années de travail en commun au sein de Los Van Van que finalement nombreux sont ceux qui confondent l’auteur de quelques-uns des succès de Los Van Van, en attribuant la paternité de certains titres a Formell au lieu de Pupy et vice versa. « Il y a des thèmes de Formell pour lesquels je faisais les arrangements et pour lesquels j’ajoutais des chœurs : « Me Basta con Pensar, Si Tu Te Vas » .. et il y a beaucoup de monde qui ne se rendirent pas compte de l’inspiration (mot a mot : lumière verte ?) que j’avais dans l’orchestre à cette époque. Par exemple quand j’ai composé El Buena Gente, je lui ai attribué le rythme Chango-Son parce que je partageais mon idée avec Changuito, je le jouais au piano et il l’écoutait puis Changuito me disait qu’on va y mettre ceci ou cela. Quand je composais un numéro pour Los Van Van, le premier du groupe que j’appelais c’était Changuito et après seulement on le chantait à Formell, je réécrivais souvent le Tumbao. Parfois c’est lui qui le réécrivait car Formell devait aussi chanter et il devait s’accommoder à la fois du chant et du jeu de la basse, si bien que il y a beaucoup de fois où il a fallu simplifier le mouvement de l’instrument. Nous nous offrions le luxe de nous amuser à ce genre de choses. Mais ça s’est passé comme ça, basé seulement sur 3 personnes : Formell, Changuito et Cesar Pedroso. Juan est mon frère, et musicalement il est mon père, mais il me disait toujours : « tu as du talent pour former ton propre groupe », mais ce qui se passe c’est que je souhaitais être à ses cotés et lui il souhaitait que je reste là ».

Toutefois, le moment de suivre d’autres chemins arriva, et Pupy monta sur la scène avec un nouveau groupe : Los Que Son Son.


Le nouvel orchestre

Fonder un nouveau groupe après avoir travaillé de manière continue pendant 30 ans avec un des orchestres le plus importants de Cuba, ça s’est révélé être un défi, surtout pour démontrer la validité d’une nouvelle proposition artistique : « Je souhaitais depuis le début mettre des trompettes et pas de flûtes parce que l’orchestre de Manolito Simonet avait déjà une flûte, trompettes et trombones. Et Van Van avait aussi une flûte alors j’ai mis l’accent sur les trompettes. C'est-à-dire que j’ai essayé de trouver mon indépendance. A propos du son, cela n’avait plus rien à voir. Les gens au début pensèrent que ça ressemblait à Los Van Van, mais ce n’était pas le cas. Le problème est que dans Los Van Van il y avait 2 talents, on va le dire comme ça, il y avait 2 compositeurs, 2 arrangeurs faisant de la musique pour le même groupe. Au moment de se séparer, chacun conservait ses caracteristiques propres, son schéma directeur, son system d’écriture musicale, mais l’autre talent demeurait et en fait ce qui s’est passe c’est que Juan Formell et le son de Van Van est reste le même. Un chose s’est séparé et cette chose est devenue Pupy y Los Que Son Son. C'est-à-dire que de Van Van sortirent 2 groupes avec chacun leur style.

Contrairement à tous les pronostics, le nouveau groupe surgit avec une force incroyable. Son premier disque « Que Cosas Tiene La Vida » s’est converti en un des phénomènes musicaux de ces dernières années si bien que tous ses titres sans exceptions furent classes parmi les premiers des succès de la radio et de la télévision et encore aujourd’hui ils sont acclamés et reconnus par les danseurs. De plus, cet album a obtenu le prix EGREM 2004 de disque de l’année pour avoir atteint le niveau le plus élevé de ventes. Un tel accueil chaleureux fut une surprise pour Cesar Pedroso : « J’enregistrais les morceaux avec beaucoup d’inquiétude. Par exemple « Que Cosas Tiene La Vida » je l’ai fait à la demande expresse d’un dirigeant de la EGREM car je l’avait déjà enregistre avec Los Van Van. De ce fait je lui fait un arrangement tout nouveau et ça a marché. Je croyais plus en “El Pregonero”, “Juegala” et “Seis Semanas..” » que j’ai inclu comme un hommage parce que c’est l’unique thème qui fut l’objet d’un succès pour le même orchestre mais en 2 occasions distinctes. Un même morceau peut être un succès pour 2 groupes différents mais par pour le même. On l’avait enregistré pour la première fois avec Israel (NDLR : Israel « Kantor » Sardinas) et ensuite la fatalité a fait qu'un autre chanteur comme Mayito Rivera a intégré le groupe avec son style et ça a beaucoup plus. L’ingénieur du son Orestes Águila a aussi beaucoup contribué avec le mixage du disque. »

En plus du succès obtenu par les disques, un autre résultat qui contribue au prestige de cet orchestre est la fidélité du son quand il se présente en concert. C’est le fruit d’une discipline acharnée, vertu que Pupy apprit de ses maîtres antérieurs : Elio Revé et Juan Formell, mais aussi de la profonde jalousie avec laquelle s’est réalisé l’enregistrement. « Ici il y a des groupes qui enregistrent avec des instrumentistes qui ne sont pas des habitués, ils les invitent mais quand ils vont jouer le morceau en concert, il ne se passe pas la même chose , c’est pas possible car il manque l’instrumentiste. Ils le remplace avec un clavier mais en concert c’est la déception. »

 

Pepito, Pupy et Zaïda


La défense du casino

Le prétexte de notre rencontre, le rendez-vous international de danseurs Baila en Cuba qui va se célébrer entre le 27 Novembre et le 1er Décembre de cette année, nous amene à une polémique qui s’est développée ces derniers temps. Y a t il une crise du Casino à Cuba ? L’agressivité de la Timba en est elle responsable ? « Notre musique n’est pas si agressive pour que l’on arrete de danser le Casino dessus. Ce qui se passe c’est qu’il y a, comme en toute chose, des courants. En ce moment c’est le Reggeaton qui a sa petite danse, son petit effet. Mais si tu regardes bien, il y a beaucoup de choses que nous faisons qui ont la même principe; qui permettent au danseur de sortir du Casino et de danser autre chose. Par exemple, avec « De la Timba a Pogolotti », tu peux danser le Son Montuno, le Casino et même la Rumba. Nous avons un morceau qui s’appelle « Dicen Que Dicen » qui est ecrit pour danser le Son Montuno mais quelques-uns se trompent et le dansent en Casino. Le Casino, ils le cherchent et ils le suivent. Je le vois internationalement. Ce que vous souhaitez faire maintenant avec "Baila en Cuba" ça faisait longtemps que ça aurait du être fait. L’appel pour cette danse est très grand en Europe. C’est le fruit des DJs mais aussi et surtout des maîtres de danse cubains qui sont partis la-bas et eux, il faut beaucoup les remercier. Les cubains furent ceux qui inventèrent tout ça mais maintenant il y a des portoricains qui font leur propre type de danse avec beaucoup de chorégraphie. Il faut les remercier d’utiliser notre musique pour ça. Du fait qu’ils utilisent notre musique, elle devient à la mode, c’est satisfaisant pour les danseurs car le Casino n’est ni américain ni portoricain, le Casino est d’ici, de Regla (NDLR : un quartier de La Havane), du Lycée de la Vieille Havane. Et cela nous satisfait parce que on a accordé peu de valeur au Casino dans le passé alors que le Casino a une importance primordiale, c’est l’unique danse qui contient une chorégraphie sans avoir besoin de répéter.


Qué cosas tiene la vida – La vie a tellement de choses...

Malgré son succès indiscutable avec Los Que Son Son, quand on se referre à son travail, Pupy se distingue comme le pianiste et l’arrangeur qui s’est maintenu pendant 30 ans dans le groupe légendaire de Cuba. « Los Van Van est une partie fondamentale de mon histoire. Je serais toujours de Van Van parce que ce qu’ils jouent aujourd’hui dépend essentiellement de nous autres, les fondateurs. Nous avons fondé la base fondamentale, la partie la plus difficile. Ils doivent maintenir ce que nous avons fait car Van Van est un orchestre qui va rester dans l’histoire. J’ai aussi en ma faveur le fait que les gens ont aussi reconnu le travail de Los Que Son Son en si peu de temps, ceci est plus difficile que tout. Maintenant si mon travail était relégué à l’oubli, et cela dépendrait du nom de Los Van Van pour cela, il est possible que ça me gênerait, mais comme cela ne me gêne pas parce que de toute manière Los Van Van ont eu une trajectoire de 35 ans ; et internationalement reconnue. Ce travail ne m’a pas été offert, je l’ai accompli avec le créateur du groupe et si je dois encore porter cette étiquette, je la porterai encore avec beaucoup d’orgueil.»

Mais plus que comme l’homme qui a fait de grands apports à cet orchestre, plus que comme directeur d’une nouvelle formation qui jouit aujourd’hui d’une grande popularité à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba, Pupy aimerait qu’on se rappelle de lui comme l’instrumentiste qu’il fut et pour la vie qu’il a su donner à ses Tumbaos de piano. « En beaucoup d’endroits, on me donne des surnoms, ils m’appellent le Roi du Tumbao, le Señor Tumbao, ils m’ont offert des T-Shirts avec mes mains.. que ce soit en rapport avec le Tumbao, un Tumbao contemporain. Parce que ce fut aussi une chose qui a marqué l’histoire. »

Source : Article publie en espagnol sur : http://www.bailaencuba.soycubano.com/entrevista_pupi_esp.asp
Taduction, annotation et photos par Leonel


DEFINITION DU TUMBAO

Suite a l'un des commentaires, j'ai essaye une definition du Tumbao.
Le Tumbao est le schema repetitif que l'on entend souvent au piano et qui rend a la salsa son caractere distinctif. C'est une sequence que les musiciens, mais surtout le pianiste, font tourner et qui donne ce swing si particulier a la musique latino.

Historiquement je crois que le tumbao est herite de l'invention du Tres , cette guitate a 3 cordes dedoublees qui sert de guitarre rythmiquer dans le Son ou le Changui.

cette maniere de placer des harpeges syncopes par les Guajiros (le musiciens de la campagne) a ete ensuite reprise au piano par Lili Martinez dans le Conjunto de Arsenio Rodriguez qui a popularise et pousse le Son a ses sommet dans les annees 40-50 en melangeaant le Son avec le jazz et en introduisant les Congas (de la rumba de Matanzas dont arsenio etait issu).

Donc, le tumbao est ce refrain , cette sequence syncope et repetitive au piano (mais aussi a la basse et aux Congas) qui donne cette envie de danser...
Chaque pianiste invente son propre Tumbao. c'est ce qui definit le style de chaque artiste.


Cesar Pupy Pedroso est le premier a avoir harmonise les Tumbaos: c'est a dire a avoir utiliser toute la gamme harmonique des accords pour creer sa sequence.

Juan Carlos Gonzales de la premiere Charanga Habanera est le premier a avoir concu de Tumbao qui partent dans tous les sens, au style rythmique et harmonique un peu salle, mechant...

Sergio Norona est actuellement celui qui fait les tumbaos de Michel Maza et c'est de la folie.... c'est du Jean-Sebastien Bach sous coke ! reecoute El Coleccionista. C'etait le pianiste de Paulito FG a la grande epoque .. les chiens font pas des chats :-)

est-ce plus clair ?