TIRSO DUARTE y LA MECANICA LOCA : le Big Bang de leur CD “Lucharé”

Écrit par Leonel le . Publié dans Approfondir

Le 27 Avril 2012, Tirso Duarte y La Mecanica Loca lancent leur disque laser « Lucharé » dans l’univers de la Timba lors d’un concert exceptionnel à Bayonne. La Super Nova de la Timba franco-cubaine crée la révélation de l’année avec une œuvre exceptionnelle, consacrant l’ascension de La Mecanica Loca dans le paysage Timbero et le retour de l’Ange Noir au devant de la scène avec enfin un enregistrement à la hauteur de son génie. Julien Garin, directeur de La Mecanica Loca et Tirso Duarte ont offert à www.fiestacubana.net, parrain du projet, une interview exclusive…

Fiestacubana.net, qui suit ce projet depuis ses origines, les a interviewés le 14 avril dernier au Studio Condorcet de Toulouse, où ils ont enregistré et mixé leur album. Celui-ci a été présenté au public à Bayonne, le 27 avril prochain, lors du concert inaugural de leur grande tournée européenne.

Il est désormais en vente en téléchargement légal :

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Sur iTunes.fr : http://itunes.apple.com/fr/album/luchare-se-unen-francia-y-cuba/id524922638

Il est en vente sur support physique CD :

Sur le site de la maison de disque Agorila.com : http://www.agorila.com/cd-luchare-tirso-duarte-y-mecanica-loca-1282.php

Sur le site de La Mecanica Loca : http://www.mecanicaloca.com/#Musique


Ce CD s’intitule « Lucharé », éponyme du premier morceau composé par le Franc-tireur de la Timba, Tirso Duarte.
Sa très belle pochette met en avant le protagonisme principal ‘del Angel Negro de la Timba’ au sein de cette œuvre de 10 titres composés principalement par Tirso Duarte et Angel Yosvany Quiros, dit 'Yos', bien connu du public français :

1/ Lucharé (Tirso Duarte)
2/ Que te vaya bien (Tirso Duarte / Angel Batule)
3/ Te quiero y mas (Tirso Duarte)
4/ Vagabundo (Tirso Duarte)
5/ A lo loco titi (Angel "Yos" Quiros / Harold Driggz)
6/ Te lo agradezco pero no (Alejandro Sanz / Tirso Duarte)
7/ La luna (Tirso Duarte)
8/ Los Herederos (Angel "Yos" Quiros / Ruben Paz)
9/ Herido de amor (Tirso Duarte)
10/ Soy de ahi (Angel "Yos" Quiros)


Cette œuvre est résolument une œuvre de Salsa Cubaine, Timbera, à la fois conçue pour les danseurs de Casino et pour les amateurs de pure Timba, contemporaine et progressive. Bien que jouée par des musiciens français, elle n’a rien à envier à nombre de productions purement cubaines tant la réalisation de ce projet fut animée de passion et inspirée par le génie et l’expérience des maestros Tirso et Yosvany. Les voix de Martha Galarraga et Yoslando Quintana renforcent ce projet qui explore les différents rythmes de la Musique Cubaine comme la Timba, le Pilon, le Changüi, le Son, la Rumba et l’Afro.

Tirso est aussi un monstre au piano et à ce titre il joue avec une grande délicatesse sur la ballade ‘Soy de ahi’ chantée par Angel ‘Yos’ Quiros.





Yosvany nous livre avec ‘A lo loco titi ’ une pure Timba endiablée, dotée d’un Tumbao implacable, contagieux, flirtant par moment avec le Timbaton comme ‘Yos’ sait si bien le faire, et avec ‘Los Herederos’ une œuvre profonde en hommage aux traditions afro-cubaines, à la clave de Rumba et de Son. ‘Yos’ et Tirso nous offrent un duo de Rumberos qui va régaler les Timberos et amateurs d’Afro-Cubain. « No hay pa’ nadie, pa’ » ! Cette décharge de Rumba survitaminée et joyeuse enflamme cet opus et ne manquera pas de s’imposer parmi les morceaux préférés avec le fascinant chant afro de Martha Galarraga…



Tirso entame ce CD avec une Timba fiévreuse, populaire, ‘Lucharé’ , qui donne le ton du chanteur du peuple, ‘El Cantante del pueblo’, dont l’intro rappelle ‘La Pelea Murumba’ mais dont le climat général, entre Songo, Rumba et Conga, rappelle le style du CD « Fin Del Juego ».



Il enchaîne avec une œuvre plus sentimentale, ‘Que te vaya bien’, écrite en binôme avec son beau-frère Angel Batule, un guaguanco-salsa lyrique dans l’esprit de ‘Un Mal Sueño’ du CD ‘Timba Cubana’.



‘Te Quiero Y Mas’ est une chanson composée par Agustin Diaz Cartaya, commandant de la Révolution Cubaine, déjà connue du public français depuis la tournée 2010 de Tirso Duarte avec Son Del Indio durant laquelle il avait diffusé une maquette promotionnelle de cette œuvre.



La nouvelle version, cette fois enregistrée avec un véritable orchestre, confirme l’esprit de ‘Los Van Van’ qui inspire son interprétation et la passion de Tirso pour les sentiments purs, Puro Sentimiento ! Mais cette version surprend par des arrangements plus Timberos, plus puissants et enivrants.

‘Vagabondo’ s’échappe avec un tempo soutenu, des mambos de cuivres brillants, jazzy, joyeux renforcés par des ‘coros’ , en italines, grisants et enjoués, le tout culminant avec une trompette puissante et virtuose.

‘Te lo agradezco pero no’
est encore une reprise d’Alejandro Sanz par Tirso. Il est coutumier du fait de reprendre les auteurs majeurs de la Pop-Latino après les interprétations de ‘Quisiera Ser’ et de ‘Regalame la silla’ du même Alejandro Sanz , après ‘La Cosa Mas Bella’ d’Eros Ramazzoti ou ‘Un Mal Sueño’ d’Omar Alfanno. Il s’agit à chaque fois de revisiter ce registre avec des arrangements inédits, une touche de Guaguanco, de Pop et de Timba et tout le lyrisme, la virtuosité et les sentiments de l’Ange Noir, et cette fois ci dans un duo sublime avec la voix de Martha Galarraga.

La Mecanica Loca est tellement folle qu’elle s’attaque au double succès de Tirso Duarte, ‘La Luna’, de son premier CD et d’avec « Musica Cubana en Tokyo» !



Et le pari est réussi ! Oui, comme dit la chanson, La Mecanica sonne… Et elle sonne du feu de Dieu ! Un Big Bang je vous avais dit !

Avec ‘Herido de amor’ Tirso revient à une onde plus proche de Los Van Van, plus romantique, propice à danser le Casino et la Salsa en hommage à son public Colombien. Un rythme chaloupé, un soneo limpide, une voix de velours et un Tumbao transparent pour un pas de deux.

Le CD se conclut en douceur avec la voix de ‘Yos’ sur une ballade apaisante ‘Yo soy de ahi’.



En conclusion ce projet démontre par sa qualité et sa richesse que la Timba Cubana s’exporte et peut être interprétée avec justesse et ‘Cubania’ par des musiciens de talents, quelle que soit leur nationalité, pourvu qu’ils aient la passion, la curiosité, l’humilité et la persévérance de percer les secrets d’un art aussi exigeant et que les plus grands maestros leur servent de guide. Pari réussi pour La Mecanica Loca ! Oui… Ils peuvent dire « Lucharé », « Je lutterai » mais le jeu en vaut la chandelle car le résultat est au rendez-vous !

Ce CD « Lucharé » sera le Big Bang de la révélation de l’année 2012 !
Rien de plus normal pour le grand retour de Tirso Duarte avec la Super Nova de la Timba franco-cubaine, La Mecanica Loca.




En tant que parrain de ce projet, Leonel ‘El Farandulero Mayor’ et les représentants de www.fiestacubana.net , DJ Tumbao et DJ AxEL Cubadicto, ont été invités à réaliser une interview de Tirso Duarte et Julien Garin aux studios Condorcet de Toulouse où La Mecanica Loca a enregistré le CD «Lucharé » et où ils finissaient le mixage. Nous avons le plaisir de vous proposer dans un reportage exclusif la vidéo complète de cet entretien, accompagnée d’une transcription en français pour les non-hispanisants.




FC. Comment vous sentez-vous ?

Tirso Duarte. Très content, très content. Ce que je sens se définit en trois paroles : ému, impressionné et content. Je suis très satisfait du travail réalisé par l’orchestre La Mecanica Loca dans le cadre de ce projet, que ce soit avec ma musique ou avec la sienne.

Julien Garin. Je suis très ému d’avoir le maestro Tirso Duarte à mes côtés, de faire un projet avec lui. Cela fait de nombreuses années que je l’écoute, que je le regarde. Finalement, aujourd’hui me dire que je vais jouer avec lui. C’est un plaisir énorme pour moi de partager avec ce maestro.

Que pouvez-vous dire de cette nouvelle production parrainée par www.fiestacubana.net ? Quel sera le répertoire ? Quels thèmes ? Comment s’appellera le CD ?

Tirso Duarte. Le CD se compose de dix thèmes parmi lesquels j’interprète quasiment huit. Les autres chanteurs sont [Angel] Yosvany [Quiros], le chanteur de La Mecanica Loca, Martha Galarraga et Yoslando [Quintana].

Il y a 3 reprises de thèmes que j’ai déjà interprétés, comme 'La luna', 'Te querio y mas', et 'Herido de amor'. Je les avais déjà enregistrés, mais maintenant, le rêve est vraiment devenu réalité : ils vont sortir avec toute la qualité qu’ils méritent. Ils étaient déjà sortis sous la forme de maquettes ou tout simplement piratés sans avoir été mixés. Mais là nous les avons enregistrés avec un orchestre comme il se doit, avec la réalité que portent ces morceaux et avec tous les sentiments, le feeling, que je mets toujours dans mes chansons.



Le CD s’appelle Lucharé [Je lutterai]. C’est aussi le nom de la tournée que nous allons faire dans toute l’Europe.

A quel stade en est l’enregistrement ?

Julien Garin. Nous terminons en ce moment le mixage et nous allons commencer le master. Le disque va sortir le 27 avril, à l’occasion de notre premier concert à Bayonne.



Tirso Duarte. Et je regrette qu’on ne puisse pas vous inviter pour l’instant, car c’est déjà archi-complet. Mais enfin, on trouvera une solution, pour que tout le monde puisse profiter de cette musique, de Tirso Duarte y La Mecanica Loca.

Quel est l’originalité de ce disque ? En quoi est-il différent des autres ? Est-ce du 100 % Timba ?

Tirso Duarte. Avec ce disque, je réalise le rêve d’enregistrer des thèmes que jusqu’ici j’avais sous le coude et qui avançaient bon gré mal gré, comme La luna, Te querio y mas et Herido de amor. Et j’ai le plaisir de le faire comme il faut, avec le mixage comme il faut, avec tous les instruments en vivo, avec des morceaux très bien travaillés, le tout très bien réalisé.

Non seulement ces thèmes mais aussi des nouveaux morceaux que je vais étrenner. J’ai aussi profité de cette occasion pour que les gens n’oublient pas que moi, Tirso, je suis timbero. Cela fait pas mal de temps que j’ai enregistré mon dernier CD de pure Timba, Fin del juego, en 2008.

Ensuite est sorti un CD plus Reggaeton [CD Para que nada te pueda pasar] parce que c’est ce qui se faisait à La Havane. Apres j’ai plutôt fait des morceaux qui sont sortis comme ça, comme des singles de Timba qui ont plu.

Mais dans ce disque, Lucharé, je reviens à l’attaque avec de la Timba. Nous y avons aussi rajouté quelques thèmes un peu plus lents, comme Te querio y mas, et une très jolie composition, Que te vaya bien, que j’ai écrite en binôme avec mon beau-frère Angel Batule - un musicien très jeune mais déjà plein de maturité - et qui occupe la même place en quelque sorte que le thème Un mal sueño que j’avais chanté dans le CD Timba Cubana. Ca c’est le plus important pour moi.

Mais pour le reste du monde, ce qui est important, c’est que ce disque ait été fait par des musiciens français. Si c’était moi qui donnais les Grammy, je leur donnerais. Nous, les cubains, on fait de la Timba tous les jours. Mais un musicien français qui se dédie à cela, qui apprend à jouer la Timba cubaine, qui plus est une Timba dura, cela me paraît digne d’admiration. C’est une des choses les plus extraordinaires que j’ai vues dans ma carrière ! En plus ils jouent ma Timba, qui est une Timba dure et la leur qui est très bien faite. Et ils le font vraiment très bien, de manière très professionnelle, très construite, avec beaucoup de respect, beaucoup de cœur et de foi en ce que nous faisons. Un jour, j’ai dit à Julien qu’il devait mettre sur la pochette « La France s’unit avec Cuba ». C’est une belle idée, que les gens puissent écouter des timberos français accompagnant Tirso Duarte.

Qui a composé les thèmes ?

Julien Garin. Sept thèmes sont de Tirso, dont un qu’il a écrit avec Angel Batute, ‘Que te vaya bien’.




Tirso Duarte. Il y a un morceau de Cartaya. Tous les thèmes ne sont pas de moi. Il y a ‘Te quiero y mas’ de Agustin Diaz Cataya, commandant de la révolution. Il y a aussi ‘Te lo agradezco pero no’ qui est une reprise d’une composition de Alejandro Sanz, que je chante avec Martha Galarraga. Félicitations à Marthica !

Julien Garin. Il y a aussi trois thèmes écrits par Yosvani. Le premier, ‘A lo loco titi’, est une pure Timba cubaine. Le second, Los Herederos, les héritiers de la clave de Rumba et de Son, est un mélange de Timba, de Son, d’un peu de Rumba et d’Afro. Enfin, le troisième, qui conclut aussi le CD, Soy de Ahi, est une balade chantée par Yosvani avec au piano Tirso Duarte.



Cette musique est mêlée de différentes influences. A-t-elle aussi une touche française ?

Tirso Duarte. Bien évidement, l’orchestre est français. Fondamentalement, c’est de la Timba cubaine contemporaine. C’est ma musique, avec un mélange de différents rythmes : on entend des références au rythme Pilon, il y a du Changüi, de la Timba cubaine, de l’Afro, avec quelque références à Eleggua, et des tambours Bata, qui sont un des mes instruments préférés, bien que je n’en joue pas moi-même.

Il y a aussi quelques paroles en français comme ‘c’est très joli’, des combinaisons de mots en français… ‘je ne parle pas français’ …

Mais l’essentiel est basé sur la musique cubaine, la Timba cubaine contemporaine.

Est-ce une musique plutôt sophistiquée et de virtuose, ou est-elle plutôt destinée à faire danser les amateurs de Salsa, de Casino ?

Tirso Duarte. On trouve les deux dans le CD. Il y a des thèmes bien adaptés pour les danseurs, comme 'Herido de amor', car on pense toujours à ça. Il y a aussi des arrangements un peu plus complexes, avec des variations difficiles notamment de tessiture très élevée à la trompette – il faut d’ailleurs féliciter les trompettistes de l’orchestre.
On trouve des changements de rythmes comme dans 'Los herederos'. Il y a aussi des passages de reggaeton comme dans 'A lo loco titi' : ça plaît et nous n’avons rien contre ce qui est actuel, cela plaît aux jeunes, aux ‘chamacos’ comme on dit à Cuba. Nous ne sommes fermés à rien, nous sommes à l’avant-garde, nous sommes ouverts à tout ce qui se passe, aux tendances de la musique d’aujourd’hui, à ce qui intéresse les danseurs, à ce qui plaît au peuple. Ce qui plait au peuple, nous le feront.

Nous faisons de la Timba combinée à d’autres styles, sans perdre les racines, mais aussi avec des rythmes contemporains, afin d’obtenir un résultat intéressant pour les gens.

Que pouvez-vous dire de la dynamique ou de l’alchimie qui s’opère à l’occasion de votre travail collectif ?

Tirso Duarte. C’était en 2010, au cours de la tournée de « Son Del Indio », qui est un très bon orchestre, qui m’accompagnait pour l’occasion et que je veux féliciter. Un soir, je chantais sur scène, et j’entends qu’il se passe quelque chose d’intéressant derrière moi à la rythmique que nous n’avions pas répété. Je me retourne, je regarde, je continue à chanter mais je vois ce petit blanc a la percussion et je me demande ce qui se passe. C’est fou. Je continue de chanter et encore une fois je sens un changement bien agréable. Au final Julien a joué de tous les instruments de percussions pendant le spectacle. C’était Julien qui était monté sur scène.



A la fin du concert, je suis allé le voir et je lui ai dit : « mais d’où tu sors ? » Nous avons parlé et à partir de là s’est produit une alchimie entre nous, on s’est revu à Barcelone, on a commencé à évoquer l’idée que je travaille avec La Mecanica Loca. Madeline Rodriguez a aussi joué un rôle important dans cette dynamique. C’est un peu la marraine du projet.

Julien Garin . Je suis venu à Cuba aussi...

Tirso Duarte. Oui, on a continué à échanger, Julien m’a donné ses enregistrements, mais moi, je n'ai pas eu besoin de le faire, car il avait déjà tous mes disques. On a commencé à monter précisément le projet. Et maintenant, voilà, ça y est : on est en France, on enregistre le disque et on prépare la tournée.

Que peux tu dire du travail avec La Mecanica Loca, par comparaison avec d’autres groupes avec lesquels tu as travaillé, à Cali, comme le groupe Calibre, ou au Pérou, au Chili, aux Etats-Unis ?

Tirso Duarte. Ce n’est pas facile de comparer des orchestres de différents pays, dont chacun a ses coutumes, ses manières de vivre, d’apprendre et de sentir la musique. C’est un peu injuste de dire que tel orchestre est de meilleure ou de moins bonne qualité sans tenir compte de ces différences.

Par exemple, à Cuba, celui qui veut étudier la musique et a du talent peut le faire gratuitement. Il n’a pas besoin de payer 25 ou 50 euros pour une classe de piano ou de percussions. Il existe des enseignements musicaux très complets, intégrés dans des cursus de formation générale, avec des cours de mathématiques, d’espagnol, sciences, etc. Et si on ne réussit pas le cursus général, on peut te chasser de l’école ou te faire redoubler même si tu es un bon musicien. Au Pérou, au Chili, en Colombie, tu payes pour apprendre l’instrument que tu veux et on se fiche du reste. A Cuba ce n’est pas pareil. Tu dois gérer toutes tes matières du cursus au même niveau. Le contexte est différent.

Tu t’imagines, quand j’étais au Chili, il y avait de grandes manifestations d’étudiants pour demander la gratuité des études.

On ne peut donc pas comparer d’un pays à l’autre. Au Pérou, les musiciens ont la plupart du temps une autre profession, par exemple chauffeur de taxi. L’effort qu’il faut faire pour former un orchestre est donc particulièrement méritoire dans ce pays, car on ne peut vivre de la musique.

A Cuba, il y a dix mille orchestres. Mais il faut voir les arrangements et en fait beaucoup de groupes ne sonnent pas bien ! On s’imagine qu’à Cuba nous sommes les rois de la Timba. Mais
par exemple, cet orchestre La Mecanica Loca sonne bien mieux que bien des groupes à Cuba.

Donc cela dépend de beaucoup de choses : les arrangements, le type de musique que l’on a l’habitude de jouer, la composition de l’orchestre. Et c’est pour cela que je veux féliciter et remercier tous les très bons orchestres qui m’ont accompagné à travers le monde : au Chili, au Pérou, en Colombie avec le groupe Calibre, à New York, à Bogota… Moi, j’ai essayé de leur transmettre mon expérience, de leur inculquer ma musique, et je crois que peu à peu, cela a donné des résultats...

Notre musique timbera, ce n’est pas une musique simplette, facile, avec juste un chanteur, deux accords et un chœur, comme pour le Reggaeton, où un chanteur peut s’afficher comme reggaetonero s’il réussit à faire un tube. Il n’est pas possible de s’autoproclamer chanteur de Timba avec 2 accords et un coro. Cela ne fonctionne pas ainsi. Il faut du temps et tout un apprentissage, c’est une musique très riche mais elle aussi beaucoup de saveur.

Il faut aider chaque orchestre dans ce processus d’apprentissage. Par exemple le pianiste de La Mecanica Loca joue très bien. Mais à un moment je lui montre un autre Tumbao et il s’exclame « au secours ! ». Un pianiste qui joue bien d’autres styles peut s’effrayer à un moment des difficultés qui se présentent. Mais alors, il faut le rassurer, lui dire qu’il peut facilement apprendre compte tenu de son talent. Il faut de la patience, des efforts.

Mais ce que j’ai entendu ici est une merveille. Et j’espère bien qu’en concert, ça sera aussi bien. Il n’y a pas de raisons que cela ne fonctionne pas, car ce seront les mêmes musiciens.



Je voudrais ajouter qu’ils ont tout enregistré sans moi, ils ont enregistré ma musique sans que je ne sois la. Je suis arrivé après. Ce n’est pas facile d’enregistrer sans que le compositeur soit là. Et pourtant ils ont fait exactement ce que j’avais en tête et j’en suis resté bouche bée. Et c’est bien MA musique que j’ai entendue : les Tumbaos, les percussions, les timbales, les congas, la basse, les cuivres… tout était en place, tout tombait très bien. Je suis très content, et, sans faire de comparaison...

La Mecanica Loca est un des meilleurs orchestres timberos qui m’aient accompagné dans le monde. Elle est bien meilleure que beaucoup d’orchestres cubains.

Peux-tu dire si ton projet actuel avec La Mecanica Loca restera unique, ou si tu penses continuer à travailler avec ce groupe ?

Tirso Duarte. Chaque chose en son temps ! Là, nous sommes en train de finir l’enregistrement, ensuite nous commencerons les répétitions, puis il y a le concert de Bayonne, la tournée. Je profite de ce moment, je prends plaisir aux répétitions, je veux convertir cela en une grande fête. On va terminer tout cela et puis ensuite il peut se passer plein de choses très belles. On ne peut prévoir le futur, mais nous sommes très contents de ce qui se passe et c’est un fait que c’est déjà un succès. Je suis très satisfait de cette collaboration avec La Mecanica Loca, avec Julien ‘El Salvaje’ [le monstre-l’animal]. Je peux te donner un pronostic, si tout va bien comme ça, on va continuer longtemps…

Julien, comment as-tu vécu le travail avec Tirso ?

Julien Garin. Tirso, c’est un ‘Salvaje’ aussi, un type formidable. Vraiment pour moi, c‘est un rêve, cela fait des années que j’écoute Tirso, je suis content de ce faire projet avec lui. Je l’ai vu travailler : c’est vraiment un gros travailleur. Le premier jour il m’a dit, en sortant de l’avion : « On y va!» Moi j’étais bouche bée ; j’étais très fatigué, et lui, il sort de l’avion tout frais. Il arrive à la maison et il se met à travailler, travailler, même sur des chansons qu’il chante depuis longtemps déjà dans le monde entier. Il écoute ce qu’a fait notre orchestre, et, le jour suivant, il enregistre toutes les chansons en un jour !!! Jamais je n’avais vu cela !!! Pour moi, c’est un grand plaisir d’être avec lui.


Que penses-tu du travail avec les musiciens de la Mecanica Loca ?

Julien Garin. J’ai des musiciens formidables, j’ai des chanteurs extraordinaires, Yosvani, que tout le monde connait en France, et une chanteuse, Martha, qui a une voix incroyable et Yoslando aussi. Mes musiciens ont fait un travail génial pour ce projet. Même moi, qui les connais, j’ai été surpris du résultat.




Mais la préparation a aussi été un stress énorme pour moi. Tirso n’était pas là, alors qui s’est chargé de tout ? C’est moi. Et, prendre des décisions seul, me dire « que va penser Tirso, là ? », c’était une grosse responsabilité. Alors, quand il est arrivé et a commencé à écouter, j’étais tout tremblant à côté de lui, et quand il m’a dit que c’était bien, j’étais soulagé.

Et surtout, quand il a commencé à chanter, je me suis dit : « Ah ça y est, on y est ». Ce n’était plus un rêve.

Je suis jeune, j’ai 24 ans, j’ai commencé à m’intéresser à cette musique à 17 ans. J’ai d’abord joué un peu de tumbadoras (Congas), puis j’ai commencé à écouter la musique de Tirso, cette musique cubaine, tous les jours. Je ne pensais pas qu’un jour j’allais jouer avec lui. Je me disais : « Je ne suis pas cubain, donc jamais je ne jouerai avec ce genre de musiciens »

J’ai une formation classique, de solfège, au conservatoire, depuis l’âge de huit ans. Je viens d’une famille de musiciens et j’ai la musique dans le sang. Après, j’ai découvert cette passion, j’ai vécu là- dedans, je m’y suis mis à fond, je me suis mis à écouter, tous les jours, de la musique cubaine. Et finalement tu te dis que c’est cela le secret, écouter, écouter, jusqu’à ce qu’elle te rentre dans le sang. Maintenant parfois, quand je joue quelque chose, je me dis : « Ah oui, ça je l’ai écouté dans tel disque !! Ah tiens, je vais essayer cela !!» C’est ainsi que se forme une expérience et que j’en suis arrivé jusqu’à l’enregistrement de ce CD.


Il y a Pepino aux tumbadores, Jérôme à la batterie, et aussi la section des cuivres, le bassiste... Pour ma part j’ai enregistré les autres percussions : Bongo, Timbales, Bata…




Comment vivez-vous la perspective de la prochaine tournée, ainsi que celle du concert de 27 avril à Bayonne ?

Julien Garin. Pour moi, c’est un plaisir personnel, car Bayonne est ma ville, mon village. Je suis très content. Le concert de lancement est déjà complet depuis 3 semaines, 700 places. Les gens attendent des invitations, des entrées... Ensuite il y a la tournée, avec plein de concerts. Nous allons jouer en Pologne, en Hongrie, en France, à Taras’Kuba, à Paris, Lyon, à Toulouse - un festival formidable -, ensuite au festival de Guaguanco de Barcelone peut-être ensuite aux Etats-Unis. J’attends que les gens écoutent ce qu’on fait et on va voir ce qui se passe !!

Pouvez-vous nous parler du rôle qu’elle a joué qu’a joué Madeline Rodriguez dans ce projet ?

Tirso Duarte. Madeline est une excellente danseuse qui a inculqué ici à beaucoup de gens la connaissance de la danse et de l’art populaire cubain. Ca c’est une chose très belle. Madeline est une bénédiction… c’est une maestra, une maîtresse...

Je veux aussi vous présenter une autre maestra, professeur de solfège, de piano, de composition musicale, qui a aussi joué un rôle dans le projet : mon épouse Lala Batule.



Madeline est la marraine de ce projet, elle en est l’inspiration, celle qui lui a donné la première impulsion. Elle est aussi notre premier public danseur. Si elle arrive et qu’elle se met à faire juste trois pas de danse, c’est que notre musique fonctionne bien.



Avec elle et Julien, nous sommes une grande famille, avec beaucoup d’affection, on fait plein de chose ensemble, on fait la cuisine, on fait la fête.

Est-ce que vous avez un message spécial pour le public de Fiestacubana et ses représentants, tout particulièrement le parrain du projet, Leonel ?

Tirso Duarte. Leonel est mon ami. Je le salue, ainsi que toute sa famille, ses enfants, sa femme auxquels j’envoie mes pensées. C’est Le Farandulero Mayor, imaginez-vous !

Il est l’un de ceux qui jouent le plus grand rôle pour transmettre, diffuser la musique cubaine et la Timba. Moi on m’écoute partout, mais lui aussi il est partout. Je l’ai vu partout où je suis allé, au Pérou, ensuite en France, en Colombie. Chaque fois qu’il y a de la musique cubaine quelque part, il est là.

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de sites de salsa dans le monde qui aient des membres aussi actifs que lui. Aux Etats-Unis, il y a de beaux sites, mais ils ne parlent que des Etats-Unis. Leonel, lui, est partout.

Je le félicite, je le remercie, c’est un exemple à suivre, c’est un ami, notre parrain, il nous aide, on lui demande son opinion, il est très avisé, il connaît plein de choses sur le monde de la Timba, les chanteurs qui sont partis, ceux qui arrivent, les dernières chansons, celles qui ont plu, celles qui n’ont pas plu, le dernier concert.

Donc j’envoie un salut spécial à Leonel El Farandulero mayor. Dans Fiestacubana, il y a fête, et moi, Tirso Duarte, j’aime la fête et c’est ce que nous allons faire : une grande fiesta cubana avec La Mecanica Loca.

Quand Mayito est parti des Van Van, les gens pensaient que toi, Tirso Duarte, tu irais chanter avec eux. Que penses-tu de ces commentaires ?

Los Van Van sont l’orchestre symbole de Cuba. C’est un groupe précurseur, le modèle pour tous les jeunes musiciens, c’est un orchestre qui signifie beaucoup pour nous. Pour moi, Mayito Riviera est un des plus grands chanteurs de tous les temps. J’ai toujours eu envie de partager la scène avec Los Van Van, qui sont aussi mes amis. Mais chacun prend son propre chemin.

Et comme le dit El Tosco [Jose Luis Cortes – directeur de NG La Banda] : « Ah, si j’avais 20 ans !! » Là, je viens d’avoir trente-quatre ans il y a deux jours, et grâce à vous ou à cause de vous, j’ai pris le chemin d’offrir ma propre musique aux gens. J’ai un grand répertoire, j’ai fait cinq disques, et, par chance, les thèmes ont bien fonctionné, sont écoutés partout dans le monde. J’ai eu la chance de pouvoir apporter ma musique à tous ces peuples qui dansent sur mes chansons, au Chili, au Pérou, en Colombie, aux Etats-Unis en France, dans toute l’Europe. C’est un chemin sur lequel je ne peux pas reculer.

Ce n’est pas que ce serait reculer de chanter avec Los Van Van. Bien sûr, Los Van Van est un orchestre formidable, le plus prestigieux de Cuba, mais que deviendrait la carrière de Tirso Duarte, que deviendraient mes chansons, que deviendraient ‘Un mal sueño’, ‘Que le vaya bien’ ? Quel rêve plus grand puis-je avoir que d’apporter mon propre répertoire au public ? Comme ici ces dix thèmes que j’ai interprétés, par exemple Que te vaya bien, accompagné par un cet excellent orchestre français qu’est La Mecanica Loca ? Et cet orchestre qui m’attend en Colombie, avec lequel je joue 7 ou 8 de mes thèmes, comme ‘Dejala que corra’, ‘Eso que me pides’, ‘Te molesta que sea feliz’…

Ce sont des choses que je ne peux pas laisser en plan. Je ne peux trahir ces gens qui m’ont fait confiance, qui m’ont suivi pendant tout ce temps. Si un jour, je faisais partie de Los Van Van, j’interprèterais au mieux 3 morceaux par concert pour la quantité et la qualité de talents qui s’y trouvent. Il y a beaucoup d’excellents chanteurs. Il y a 4 chanteurs chez Los Van Van. Pour un tour de chant de 12 thèmes, cela fait trois thèmes par chanteur.
Et moi, alors, qu’est-ce que je fais avec ma musique ? Je la garde dans mon sac et je l’écoute pour moi tout seul ?

Alors tous mes vœux aux Van Van, tous mes vœux aussi à Mandy Cantero. Il va faire des choses formidables en chantant avec eux car c’est un très grand chanteur. Il ne se substitue à personne. Mayito a marqué son époque, comme la chanteuse Yeni. Mandy devra faire son trou comme l’a fait Lele à une autre époque. Lele n’avait pas la voix de Mayito, ni une tessiture si large mais il a une connection et il est au cœur de Van Van. Roberton, Timbero Mayor, Rumbero… Mandy, cela sera autre chose.

Jamais Juan Formell ne s’est trompé. Que pouvait-il faire de plus difficile que de remplacer Pupy, un grand maestro, quand il est parti ? Mais il a fait fait venir Cucurucho, qui a étudié avec moi à l’école comme un frère, et qui a pris ses responsabilités dans le groupe, qui a commencé à faire une carrière au sein des Van Van, à marquer son époque. Et Cucurucho a pris son essor comme compositeur, pianiste, arrangeur. Il y a plein d’époques différentes dans l’histoire des Van Van. Maintenant c’est une nouvelle ère qui s’ouvre et c’est bien. Mais moi aussi, dans mon cas personnel, je suis en train d’ouvrir une nouvelle époque dans ma carrière, comme distributeur de joie qu’on écoute de toutes parts… Tirso Duarte… Que se escucha en todas partes !

Un dernier mot ?

Merci à vous, merci à Fiestacubana, de vous impliquer et de venir jusqu’à ce studio d’enregistrement. Cela aide à informer les gens de notre travail, car nous n’avons pas tellement de temps pour le faire nous-mêmes. Et maintenant, on va continuer l’enregistrement. Merci donc de diffuser et de promotionner la carrière des artistes et tout ce que nous faisons. Merci à Leonel et toute l’équipe pour cet entretien. Meilleurs vœux et preparez vous a ce qui arrive… C’est une bombe !


Une interview préparée et dirigée par Leonel El Farandulero Mayor
Propos recueillis et filmés par Deejay Tumbao et AxEL Cubadicto
Traitement de la vid
éo par Pascualito El Cubanito
Traduction, mise en forme du texte et illustrations : Fabrice Hatem et Leonel El Farandulero Mayor