Le lendemain de sa Victoire au Festival CUBADISCO 2008 qui lui a décerné le Prix du Meilleur Disque de Musique Populaire Cubaine, Elio Revé, directeur du Charangon nous recevait chez lui avec le photographe Patrick Bonnard, alias DannyRose. Il nous a invité d'autant plus volontiers que FiestaCubana.net lui avait remis quelques mois auparavant la le prix du meilleur CD de l'année 2007, pour le superbe album " Fresquecito " et que Elito a gardé un très bon souvenir de ses concerts en Suisse et en France...

Elito Revé recevant le prix fiestacubana.net des mains de DJ Jack el Calvo
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LA FAMILLE REVE - DE GUANTANAMO A LA HAVANE
Il y a une municipalité rurale de la province d'Holguin qui s'appelle Sagua et là-bas ils s'appelent tous Revé ! Ils font partie de ma famille. Il y a des blancs, des métis, des noirs et de toutes les couleurs mais ils sont tous des Revé ! Raúl Revé, Félix Revé, Beatriz Revé…
L'HEURE TRAGIQUE D'ELITO
Quand est survenu le tragique accident de mon papa le 23 juillet 97, j'étais déjà devenu le pianiste de la Orquesta Revé.

Elito Revé au Cabaret Sauvage - Paris - 22/07/08
Ecouter l'extrait audio n°2 de l'interview
Leonel: Tu as donc été préparé empiriquement. Tu as une technique de piano très originale dans ta manière de jouer le clavier avec les poignets très relevés. Tu as été diplômé dans une école de musique ou tu as fais ton apprentissage dans le Charangon ?
Elito: Non, je suis diplômé de l'école de musique. J'ai étudié au conservatoire Manuel Saumell à Cuba, un très bon conservatoire d'ailleurs. Mais le Charangon a été pour moi une école parce que j'y ai appris ce qu'est le Son, ce qu'est le Changüí.
LA MUSIQUE DU CHARANGON ! CHANGUI ou SALSA?
Leonel: C'est pour cela que cela parait si frénétique?
Leonel: De fait, la première fois que j'ai vu le Charangon en 2001-2002, à la première chanson je me suis dit " Mais qu'est-ce que c'est que cette musique ? " Je n'y comprenais rien mais j'ai été contaminé ce jour là et dès la deuxième chanson, j'étais devant la scène pour danser jusqu'au bout. Cette musique accroche. Elle est très contagieuse.

Lionel Rogier et Elito Revé
Ecouter l'extrait audio n°3 de l'interview
Leonel: Et maintenant, depuis combien de temps Jorge-Luis est dans le Charangon ?
ORQUESTA REVE: UN ORCHESTRE MODERNE DE CHANGUI
Elito: Ecoute, la cellule rythmique vient du Changüí. Nous avons un tres qui nous différencie des autres orchestres, et avec lequel nous faisons la cellule rythmique du Changüí. Nous avons une basse, une baby-bass qui joue comme la marimbula du Changüí. Tu n'as jamais vu une marimbula de changüí ?
(Chantant) "Kin Kon, KiKin Kon Kon, tsi, Kin Kon, tsi, KiKin Kon Kon"..
Ca c'est ce que fait la basse. Si bien que nous autres… Il y a beaucoup de choses du Changüí que nous transférons à notre manière de jouer dans l'orchestre.
Les trombones sont syncopés. En effet, rien qu'avec un Mambo de la Orquesta Revé tu te mets à danser.
" Paan wum bom bom, pe pum baam, pe pum bam, pa pa pa,
…Tremendo jalajala, Tremendo traqueteo...
Paan wum bom bom, pe pum pe, pe pu pe, po po po…"
Du coup l'effet des trombones est très rythmique.
Nous avons aussi Aisar, le bassiste de la Orquesta, très bon. Le pianiste est Pachy.
Les quatre chanteurs: Dagoberto qui est " Le Classique " des chanteurs, la voix historique c'est " El Sinsonte ", et j'ai deux jeunes chanteurs, " El Galan " et " El Chino ".
Le bongosero, c'est Ariel!
Le tresero, c'est Jorge-Luis et aux timbales…

Elito Revé
Ecouter l'extrait audio n°4 de l'interview
LES TIMBALES DE PERE EN FILS
Elito: Andy, Andy.
Elito: Non, il faut s'immerger, on ne peut l'apprendre à l'extérieur.
LA ORQUESTA REVE ET LA SALSA
LES TROMBONES DU CHARANGON

SAMA ?
Elito: Non.
LE MONDE PARTICULIER DU CHARANGON
Leonel: Tu as des mots, des expressions uniques qui identifient le Charangon. Tu lances "E Cuajey ¡", comment fais-tu ?
Elito: Ce sont des expressions pour la scène, pour le show, mais les gens les apprennent grâce à moi… C'est comme "Deja la Contentilla !"
Leonel: Celle-là je ne la connaissais pas !
Elito: "Deja la Contentilla" c'est comme si nous allions à la maison de Franck ou chez toi par exemple et que tu me dises " Mais pourquoi tu l'as amenée celle-là? Laisse tomber tes initiatives de m'amener ces gens chez moi ! "
Leonel: C'est comme "Atrevimiento"! Comme "Quel Sans-Gene"!
Elito: Oui, un 'atrevimiento', "deja la contentilla" ¡ On va tous a la maison d'untel et on fait la fête et quand le maitre de maison arrive il dit : " Et ce sans-gêne chez moi?!"

LE DERNIER DISQUE "FRESQUECITO"
Leonel: Maintenant nous allons parler du disque "Fresquecito". A quoi attribues-tu le succès de "Fresquecito" ? Nous avons parlé de la qualité de la composition des morceaux, mais je pense que c'est aussi dû aux 'coros' qui plaisent au public et qui se retiennent facilement…
Elito: Il faut reconnaitre dans ce disque le travail des arrangements d'Aisar. Aisar et moi nous nous réunissons souvent, moi au piano et Aisar a la basse, Aisar est un très bon arrangeur. Il m'a déjà dit ce que doit être la direction que je souhaite imprimer au Charangon. La pianistique de l'Orquesta Revé. Tous ces tumbaos sont les miens. L'Orquesta Revé a un jeu de piano très spécial, très parlant, c'est un langage. C'est un jeu de piano très transparent. [...] Nous utilisons des accords majeurs ou des accords mineurs selon la séquence harmonique. Mais surtout nous ne compliquons pas tellement l'écriture pianistique de l'orchestre. Elle reste très simple, transparente mais avec beaucoup de goût et de sabor !
(Elito chantant) " Kiki kun gun guen kun guen kun guen, kin kin guin guin, A Sancochar Boniato ken, Kon Kon Guen , KonKon Guen Kon guen… "
Ca c'est ce que fait la basse de l'Orquesta Revé.
Aisar est un excellent arrangeur et il faut lui rendre hommage pour le travail des arrangements qu'il a réalisé sur ce disque.
Il faut aussi noter le remarquable travail des musiciens de l'orchestre.
Andy est un très bon batteur, un bon percussionniste. Ulises Benavides est le premier trombone.
Le grand travail de Pachy, le pianiste. En fait ce sont tous les musiciens qu'il faut remercier.
Dagoberto, LA VOIX, une voix claire, très propre, mais aussi El Sinsonte, la voix historique s'imposent fortement.
Leonel: Ca fait combien d'années que Pascual Ramos et Dagoberto sont entrés dans le Charangon ?
Elito: Dagoberto ca fait comme 10 - 12 ans et Pascual déjà 15 ans.
Leonel: Ce sont les voix qui permettent d'identifier la Revé aujourd'hui.
Elito: Ce sont les voix principales.
Leonel: Mais maintenant Pascual chantent moins de chansons, non?
Elito: Il en chante deux ! Le Changüí et …
Leonel: Il fait plus les chœurs qu'il ne chante comme voix principale, tu ne penses pas?
Elito: C'est que Pascual avait beaucoup de chansons à l'époque de "La Explosion Del Momento" et qu'il a une voix si particulière. Il aide énormément sur les chœurs. Rappelle-toi que pour chanter "Se formo la Ruñidera" (Elito chante de manière très aigue et nasale), pour tenir cette voix.. Il n'y a qu'El Sinsonte pour chanter comme ca. Et "Fresquecito ¡"
Leonel: Il a une voix très nasale.
Elito: Nasale effectivement! Avec lui les 'coros' sont là-haut, là-haut, là-haut…
Il faut reconnaître le travail des chanteurs mais aussi celui du producteur du disque, Juan Manuel Ceruto. C'est lui qui a aussi produit la musique du film " El Benny ".
Il faut remercier également la compagnie discographique cubaine, BIS Music.
Ca a été un travail d'ensemble pour arriver à ce résultat.
Leonel: C'est ce que tu disais lors d'une interview à la radio hier, que vous avez réalisé un travail collectif. Vous travaillez vraiment de manière collective ? Comment ca se passe ? Aux répétitions, n'importe qui peut proposer quelque chose ?
Elito: Quelqu'un peut apporter une idée mais c'est Aisar qui va dire " Allons dans cette direction " ou bien " Vous pensez qu'on peut faire quelque chose par là ? ". Je les écoute beaucoup. Mais ce sont eux qui viennent toujours consulter comment on va faire. C'est dans ce collectif que réside notre force et celle du disque "Fresquecito".
Il y a eu aussi le travail de Robertòn.
Leonel: La Force…
Elito: La force, c'est à dire… ce type a beaucoup de talents et de facettes qui font qu'il mérite le Prix Cubadisco 2008 et le Prix de Fiestacubana. D'ailleurs tout l'orchestre mérite ces Prix. Il y a beaucoup de gens qui connaissent l'Orquesta Revé mais maintenant, avec la production de ce disque, mis a part les orchestrations et les arrangements, il faut avouer que ce disque est explosif… Cette sonorité! Il y a des personnes qui connaissent déjà l'orchestre mais bien d'autres qui nous découvrent avec une formule sonore différente et une cadence ajustée pour les danseurs… Quand c'est comme ça (Elito nous joue une cadence modérée en claquant des doigts), c'est là que se trouve le rythme adapté pour un morceau dédié aux danseurs.
On ne peut pas accélérer. Il faut conserver une cadence pour le danseur. Même celui qui ne danse pas va vouloir bouger avec ce type de rythme, ne serait-ce qu'en bougeant l'épaule.
Leonel: C'est vrai, vous jouez une musique populaire, destinée aux gens simples et chantée pour les danseurs.
Elito: (en chantant tout sourire) "Dale Agua Al Domino, … Con el doble nueve"
Leonel: Tu es le directeur de l'orchestre, tu es aussi pianiste mais tu es un terrible animateur de scène "E Cuajey !"
Elito: "E Cuajey! A sancochar boniato! "
Leonel: "De que estamos hablando", "Ke ke ke ke ke, Wayaaaa ¡"
Elito: "Ke ke ke ke ke, Wayaaaa ¡" Ce sont des petites choses qui plaisent au gens. Je le fais et ces petites phrases que je lance font que l'humeur se fait plus animée, plus cubaine…
Leonel: l'ambiance est plus amusante!
Elito: Oui, c'est plus divertissant, ca amène beaucoup de joie.
Leonel: Vous faites aussi un show sur scène, rien à voir avec La Charanga Habanera, mais vous amenez une joie, une accélération et ça se voit que vous êtes unis, ça fait partie du succès, ca aussi ?
Elito: Nous sommes un orchestre très uni, un orchestre très familial. Il y a une grande discipline aussi. Je travaille énormément, je suis un bourreau de travail. Quand c'est à 7 heures, c'est 7 heures, 8 heures, c'est 8 heures. Ca ne me plait pas de laisser un concert en plan. Chaque représentation à Cuba ou dans le monde me plait. Il ne m'est jamais arrivé de rater un concert jusqu'à présent.
La discipline est très importante pour moi. Je ne supporte pas le musicien qui a bu. Je suis très strict sur la discipline. Le succès d'un orchestre dépend tant de sa musique que de la discipline à l'intérieur du groupe.
Leonel: Effectivement je pense que les orchestres qui se sont maintenus avec succès à Cuba sont ceux qui appliquent une grande discipline comme le Trabuco, Adalberto Alvarez y su Son.

LES CHAISES MUSICALES
Leonel: Je crois que tu n'as pas eu beaucoup de chance récemment avec tes derniers chanteurs, car El Bello et El Chino sont partis. El Bello est allé rejoindre La Charanga Habanera.
Elito: El Bello, Lázaro, je lui ai donné le nom de scène de 'El Bello'
Leonel: C'est toi qui leur donne leurs surnoms ?
Elito: Oui, je leur ai donné le nom de 'El Bello' et de 'El Chino'. 'El Chino' chantait dans le groupe Bakuleye et 'El Bello' était dans La (Charanga) Forever. Je l'ai découvert dans La Forever. Je l'ai énormément fait travailler. Il avait une bonne voix mais il venait d'un autre climat musical, avec l'orientation d'un autre orchestre, très bon certes mais pour entrer dans l'Orquesta Revé, il a fallu le mettre au Changüí, à la cadence du Changüí, à la rythmique de la clave. Cela a représenté un gros travail que nous avons fait au studio avec Aisar, Juan Manuel Ceruto. Une fois le disque enregistré et quand le disque sort, on ne sent plus tout ce travail, mais 'El Bello' est un chanteur excellent. On peut dire qu'il s'est réalisé dans cet orchestre. C'est l'Orquesta Revé qui l'a fait et pour chanter dans l'Orquesta Revé, il faut savoir chanter. Maintenant il est dans La Charanga Habanera mais j'ai désormais 'El Galan' et 'El Chino', pas le même mais un autre 'Chino'.
Leonel: Un autre 'Chino'?
Elito: 'El Galan' et 'El Chino'. Je vous prépare des surprises. Au début de l'an prochain nous allons lancer deux nouveaux morceaux avec ces chanteurs. C'est une surprise. On continue avec "Fresquecito" mais on vous prépare pour le début de l'année prochaine deux morceaux avec 'El Galan'. L'Orquesta Revé est un orchestre école […] mais pour chanter dans l'Orquesta Revé il faut vraiment savoir chanter et pour jouer dans l'Orquesta Revé il faut vraiment savoir jouer. C'est un orchestre qui forme et dont je ne suis pas seulement le directeur au niveau musical mais aussi pour la discipline. Nous sommes très exigeants. C'est la recette du succès. Et l'orchestre plait beaucoup, il plait beaucoup en Europe. Il y a une furie pour la Revé en Europe.
Leonel: Oui, tu as vu à Zurich, en France? A Montpellier, Paris, comment s'est formé le délire dès que le Charangon a commencé ?
Elito: Tu te rappelles du concert de Montpellier ? Et après c'était quelle ville ?
Elito: Ca a été terrible. Il fallu remonter trois fois sur scène !
Leonel: Et a Paris ca a été l'explosion !
Elito: A Paris ce fut l'explosion. Maintenant je vais vous reprendre d'anciens succès de la Revé mais "Fresquecito" reste le grand tube.
EL NENE ET LA REVE
Leonel: En parlant de chanteurs qui sont partis rapidement, il faut parler du cas de El Néné, Alexei Moises Sanchez qui t'a composé "Ya No Te Doy Mas Na'"
Elito: El Nene est un grand chanteur, il a une disposition très particulière, un grand charisme mais… Tout mon respect à lui, il y a des choses avec El Nene, avec qui j'ai beaucoup parlé… Maintenant il est à Santa Clara. C'est un grand chanteur.
Leonel: J'aimais beaucoup comment il interprétait sa propre chanson.
Elito: (en chantant) "Ya no puedo darte lo que tu me …" Tu vois cette chanson, en 2007, en France ou bien à Zurich, et tout d'un coup El Nene me sort "Fiesta, lo que quiero es Fiesta , muchachita hasta que amanezca , Polepopepopaye, …". C'est justement sorti lorsque nous sommes allés de France à un autre pays.
Leonel: El Nene était dans la Revé, il est parti pour Azucar Negra, pour Chispa (y Los Complices), il est revenu à La Revé, il est retourné dans Azucar Negra et il en est ressorti pour disparaître.

UYUYUYE - FIN DE LA CONTROVERSE AVEC MICHEL MAZA
Leonel: Raconte-nous la légende de 'Uyuyuye'. Comment a surgi cette chanson ? On parle toujours de la controverse de qui a inventé ce refrain, entre Michel Maza ou le Charangon ?
Elito: Dites donc, mais vous à Fiestacubana vous êtes au courant de tout !
Leonel: La dernière version qui m'a été rapportée c'est que finalement ce sont les deux qui ont créé cette chanson lors d'un concert à La Java à Paris, l'endroit était tellement petit et c'était l'époque à laquelle Michel était avec La Charanga Forever sur Paris. Il est venu au concert du Charangon à Paris à La Java, c'était plein a craquer, il faisait si chaud que Michel a lancé ce 'coro' et que vous en avez fait une chanson, c'est correct ? C'est la bonne version ?
Elito: Ecoute, ce fut ainsi. Michel Maza… Nous donnions un concert à La Java à Paris. Je ne me rappelle pas très bien l'année, ça devait être en 2002-2003 et donc, Michel est entré. Michel est un excellent chanteur charismatique et soudain il lance ce 'coro' "Uyuyuye, Que veo, tremenda…" et nous avons continué le morceau mais ca m'est resté dans la tête. Nous sommes rentrés par ici à La Havane puis nous sommes allés au Carnaval de Camaguey et j'ai lancé le fameux 'coro'. Je te parle d'un concert devant quinze à vingt mille personnes sur la place. A la fin du concert je lance encore "Uyuyuye" et tout le monde me répond "Que veo, Tremendo Jalajala, Tremendo Traqueteo". Je me dis " Mais ça c'est un succès ! "
Leonel: Ca a accroché !
Elito: Ensuite j'ai écrit les paroles, les orchestrations, j'ai tout fait.
Nous avons lancé ce morceau à la radio. Par exemple on a passé ce morceau dès le 1er Février et bien le 10 Février c'était déjà au top du hit parade à Cuba. En 10 jours c'est devenu un tube. Franchement, je ne sais pas ce qui s'est passé. Michel est un grand chanteur, un excellent chanteur, il a lancé le 'coro' mais celui qui a écrit les paroles, composé le morceau, c'est moi.
Leonel: Maintenant c'est clair mais il en est resté une jalousie ou bien tout est resté bien entre vous ?
Elito: Nous nous sommes entendus, Michel a compris et il m'a compris.
Leonel: De toute manière il est capable de lancer des 'coros' puissants à tout moment, il est tellement créatif ce Michel, c'est un cador.
ELIO REVE ET LE REGGAETON
Leonel: Le Charangon a son identité bien propre, toutefois je crois que le mot ou la question qui prédomine le marché actuel de la musique à Cuba c'est la question de l'identité cubaine. Je ne parle pas du Charangon, mais il semble qu'en ce moment beaucoup de musiciens se confrontent au Reggaeton qui marche très fort, et qu'ils se sentent forcés de se positionner par rapport au reggaeton. Tout ce qu'ils font se fait en réaction au reggaeton. Certains décident de faire de la musique avec du reggaeton, comme La Charanga Habanera ou même Bamboleo. Beaucoup de groupes assimilent le reggaeton et l'enrichissent. D'autres réagissent en refusant le reggaeton et vont rechercher les racines de la musique cubaine comme le son montuno, la rumba. Comment vois-tu le futur de la musique cubaine? En défense de la musique cubaine ? Tu perçois le reggeaton comme un danger ? Comment vois-tu la situation de la musique à Cuba ?
Elito: Bon, écoute. D'abord le reggaeton est un genre musical qui plait beaucoup aux Etats-Unis, à Puerto Rico, en République Dominicaine. C'est un rythme qui est déjà reconnu mondialement. Je ne crois pas que le reggaeton soit un danger pour la musique cubaine parce que la musique cubaine a déjà de nombreuses années. Je te parle de Benny More, Chappottin, Arcaño y sus Maravillas, je te parle des classiques, Pacho Alonso, Elio Revé, Rafael Lay, les grands chanteurs de boléro de Cuba. Cette musique ne disparaitra jamais parce que ce qui est bon est fait pour durer.
Qu'est-ce qui se passe actuellement. Le reggaeton est un genre établi et qui plait mais nous autres, les musiciens cubains, ce que nous faisons, c'est de la musique pour le peuple cubain. Nous devons faire de la musique bien faite et bonne pour qu'elle soit au même niveau que celle de la Revé, de Los Van Van, d'Adalberto et de Simonet, à côté du reggaeton.
C'est vrai qu'aujourd'hui le reggaeton est très populaire à Cuba mais quand je vais (jouer) à la Place (de la Révolution), à Santiago de Cuba, je rassemble les foules. Je jouais le 4 Avril à Santiago de Cuba et il y avait plus de treize mille personnes. J'ai joué à La Tropical, concert où tu es venu, et c'était plein.
Du coup je pense que le reggaeton est un genre musical qui est comme ce que fut à l'époque le cha-cha-cha. C'est un genre musical établi mais il nous faut faire de la bonne musique et défendre nos valeurs culturelles et notre identité culturelle afin que le reggaeton soit mais surtout pour qu'on continue d'écouter de la musique cubaine.
Il y a des gens qui vont écouter du reggaeton et d'autres qui vont écouter d'autres musiques, y compris la musique populaire cubaine. Il y a un public pour tous les genres musicaux. Ce qui est important c'est que la nouvelle génération des musiciens cubains, que les jeunes de 15 à 20 ans écoutent beaucoup de musique. Les jeunes gens qui sortent des écoles de musique sont des musiciens, de très bons musiciens, ils ont un grand talent mais ils doivent écouter de la bonne musique pour assurer notre relève, parce que Elito, ce n'est pas qu'il soit vieux, mais il n'est pas jeune non plus !

Leonel: Tu eres un temba que se mantiene ¡ (NDLR: référence à un coro de la Charanga Habanera : 'Tu es un homme dans la force de l'âge et qui se maintient bien')
Elito: Je suis mûr ! Je n'ai ni 20 ans, ni 30 ans, je suis un "temba". Il faut assurer d'ores et déjà la relève pour dans 15 ans, la relève d'Elito Revé, de Formell, de Adalberto, de Simonet. C'est la dialectique de la vie. Si bien que notre fonction maintenant c'est de nous assurer que ces jeunes musiciens fassent de la très bonne musique populaire cubaine. C'est là que sont les racines et il y a de très bons jeunes musiciens avec beaucoup de talent… mais il faut faire de la bonne musique.
Il peut y avoir du reggeaton ou toute autre forme de musique, il y a un public pour chaque style.
Le reggaeton s'écoute beaucoup à Cuba. Tout mon respect aux grands reggaetoneros de Cuba, il y en a des bons comme Gente De Zona, Baby Llores mais la musique populaire cubaine est là aussi, et nous la faisons depuis des années. C'est la musique populaire cubaine faite par de grands musiciens comme Los Van Van, Adalberto, Pupy, Simonet, Le Charangon. Nous faisons de la musique pour les danseurs, et ce qui est bon ne se perd pas, ce qui est bon perdure. Comme Orquesta Aragón. Tu aimes Orquesta Aragón?
Ce qui est bon est fait pour durer !
Il faut aussi savoir ce qui plait au public. Aux concerts de La Orquesta Revé viennent danser des jeunes de 15-18 ans, rien de plus normal, mais il y a aussi des gens de 30 ou 40 ans qui dansent avec la Revé, même des gens de 50 ans. La musique populaire cubaine est éternelle parce que nous la portons dans notre sang. C'est notre manière de parler, notre manière de marcher, notre manière d'être.
ELITO REVE ET L'INSPIRATION
Leonel: Quelles sont tes sources d'inspiration, celle qui te coule dans les veines ? La vie quotidienne ou les chroniques sociales ? Ou as-tu d'autres sources d'inspiration comme la religion, la fête ou toute autre chose ? Par exemple ton papa a fait Papa Eleggua !
Elito: Nous faisons des morceaux en fonction du moment, avec des expressions cubaines, des surprises. Ce sont les moments forts de la vie cubaine qui nous inspirent. La manière de parler à Cuba, les dictons mais aussi la religion nous inspirent comme "Papa Eleggua", ou le morceau pour San Lazaro :
(Elito chantant) "Como se va al Rincón, caminando ¡" … Comment va-t-on au Rincón ?
Leonel: Oui, en marchant !
Elito: En marchant. C'est une expression de Cuba. C'est pour cela que ces morceaux marchent si bien.
Leonel: Des morceaux très liés à la vie quotidienne, à la Cubania !
Elito: A la Cubania
Leonel: Y-a-t-il d'autres musiques qui t'inspirent ? Il y a un arrangement dans une de tes chansons qui est inspiré de la Samba, de la musique brésilienne. Je crois que c'est dans " El Diñero ". Il y a un petit passage de Samba, n'est-ce pas?.
Elito: Oui un petit peu, mais pas plus.
Leonel: Tu écoutes d'autres musiques que la musique cubaine ? J'ai vu dans ta discothèque qu'il y a de la salsa, Ismael Rivera…
Elito: Ismael Rivera, Johnny Pacheco, Willie Colon, j'aime les classiques, Marc Anthony me plait, Oscar D'Leon. J'écoute tous types de musique.
Leonel: Et la musique africaine, le Jazz ?
Elito: la musique africaine, le jazz, la musique brésilienne, j'écoute de tout.
Leonel: Et le Funky nord-américain ?
Elito: J'aime Earth, Wind & Fire. Tierra Viento y Fuego! hahahaha
Leonel: Il y a d'autres musiques qui t'inspirent ?
Elito: J'aime la rumba, c'est la rumba qui me plait.
Leonel: C'est vrai qu'on sent beaucoup la rumba dans ta musique. Je ne sais pas si c'est la clave mais il y a toujours cette respiration de la rumba. Ca transpire la rumba.
Elito: Rappele-toi que la clave que nous utilisons est la clave de rumba !
C'est la clave de rumba. L'autre c'est la clave de son. La clave de rumba est un peu plus en avant.
Leonel: Je crois que c'est celle qu'on identifie le plus à la clave cubana, celle qui donne une cadence plus enivrante.

LES PROJETS DU CHARANGON
Leonel: Pour terminer et nous retirer, parlons de tes futurs projets. Tu nous as déjà dit que tu préparais deux morceaux avec 'El Galan'. Quoi d'autre ? Des projets de tournées ?
Elito: En Juillet nous partons en tournée. Ensuite je crois que nous allons revenir en Europe au mois d'Octobre. Je pense aller au Mexique.
Je vais offrir au Musée de la Musique les premières timbales de mon père. Elles ont 52 ans et on peut lire " Revé Changüí ". Je vais les remettre le 3 Juin ici à Cuba.
Leonel: Ca va être un événement culturel important.
Elito: Très important.
Leonel: Où est le Musée de la Musique ? Ici à La Havane?
Elito: Ici à La Havane. Il y a des objets et des œuvres de grands musiciens et moi je vais leur offrir les timbales de mon père qui disent " Revé Changüí ".
Leonel: Tu rends toujours hommage à ton père. Dans les disques… Combien de disques sont sortis en hommage à ton père ?
Elito: La Orquesta Revé a réalisé 40 disques.
Leonel: Oui mais il me semble que c'est vital pour toi de toujours faire référence à ton papa. Pourtant tu t'es réalisé comme un grand directeur du Charangon ! Tu as gagné les Prix cette année, non ? Tu t'es fait un prénom !
Elito: Le temps passe. Ca fait déjà 11 ans que je suis le directeur de cet orchestre.
Leonel: Et tu prépares encore de nouvelles chansons!
Elito: Oui, nous préparons des nouveaux morceaux mais c'est une surprise ! Je ne peux pas en parler… Je sais qu'avec vous, tout va se… Bon, il va y avoir des surprises, c'est tout ce que je peux dire. Pour le début de 2009 et vous serez les premiers informés.
Interview réalisée et traduite de l'espagnol par Leonel.
Crédits photos/vidéos : Patrick Bonnard
Site web : http://www.orquestareve.net/













